CHAPITRE IX
pas plus de quarante-cinq jours à parvenir aux Indes. « Dix mille Français arrivés nouvellement d'Europe les chasseraient entièrement, dans une seule campagne » , du Bengale, « où ils ont leur grand établissement militaire » .
On s'explique, en présence de telles espérances, le jugement qu'en guise de conclusion, Magallon ne craint pas de porter sur son projet : « La possession de F Egypte serait pour la France ce que F on pourrait acquérir de plus essentiel et qui lui donnnerait des avantages dont il est bien difficile de prévoir toutes les suites. » Ce projet, il compte bien que le gouvernement l'étudiera et croira pouvoir l'adopter. Si cependant il en était autrement, la France devrait au moins faire en sorte d'acquérir en Egypte « une prépondérance décidée sur toutes les autres nations » . Probablement l'acquerrait-elle en renversant le gouvernement des Mameluks, en y substituant celui de la Porte et en divisant l'Egypte en pachaliks. A défaut de cette mesure, Magallon indique, comme ultime minimum, la remise à Mourad et à Ibrahim de « lettres fulminantes » du grand vizir et du capitan-pacha.
Deux jours après avoir adressé cette lettre àColchen, Magallon en adresse une autre (1) aux «représentants du peuple, membres du comité de Salut public » . Il n'ignore pas que le commissaire aux Relations exté-
(1) Le 11 vendémiaire an IV, 3 octobre 1795. (Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Alexandrie.)
Heures n'est guère que le rapporteur des délibérations et l'exécuteur des décisions de ce comité. Aussi, dans la crainte que Golchen ne leur communique pas sa lettre, prend-il la précaution de la signaler lui-même aux véritables chefs du gouvernement. « Je donne, leur écrit-il, au commissaire des Relations extérieures absolument toutes mes idées sur ce pays et sur les ressources immenses qu'il procurerait à la France, si nous en avions la possession ou que nous y fussions au moins prépondérants, ce qui serait si le Grand Seigneur y reprenait l'autorité absolue qu'il devrait y avoir. Je ne doute pas que les idées qui pourront lui paraître mériter votre attention ne vous soient communiquées. »
À la date où ces deux lettres de Magallon, celle du 9 et celle du 1 1 vendémiaire, durent parvenir à Paris, le Directoire exécutif avait pris la place du comité de Salut public et le ministre des Affaires étrangères Delacroix celle du commissaire aux Relations extérieures Golchen. G'est soit d'un des Directeurs, soit du ministre que sont les annotations portées sur la lettre du 1 1 vendémiaire. En marge du passage cité de ce rapport, on lit la note suivante, adressée au chef de la 2e division du ministère : « Citoyen Boulouvard. Je < lés ire connaître ce que le citoyen Magallon a écrit à cet égard . » Piquée sur la même pièce se trouve une fiche ainsi conçue : « Cette dépêche mérite une sérieuse attention.