CHAPITRE IK
« 1° Il faut provisoirement aviser le citoyen Verninac pour qu'il fasse à la Porte les démarches nécessaires à l'effet d'obtenir les réparations et dédommagements convenables ;
« 2° Je désirerais que vous réunissiez toutes les notions sur l'Egypte qui sont en votre pouvoir et qui pourraient nous mettre en état de juger du mérite de la proposition indiquée à la fin de cette lettre. Si vous n'avez pas de coopérateur qui puisse se livrer à ce travail, je pourrais en charger le citoyen Florent, qui s'y livrerait avec zèle de concert avec vous. »
Ainsi, après lecture de la lettre de Magallon au comité de Salut public (11 vendémiaire), l'un des Directeurs ou le ministre, de qui émanent ces annotations, demande communication de la lettre du même agent au commissaire Golchen (9 vendémiaire) , et, ayant lu cette dépêche, il ordonne une sorte d'enquête sur la proposition qu'elle contient. C'est le premier pas fait vers l'adoption de ce projet et le premier indice matériel, tangible, de l'intérêt qu'il excite de la part du gouvernement. On peut juger par ce qui précède de la part qui revient à Magallon dans ce résultat. Accueillie enfin dans les régions officielles, introduite dans l'engrenage administratif, l'idée d'occuper l'Egypte avait franchi une étape décisive. Le gouvernement, en effet, ne perdit pas de vue l'enquête qu'il avait prescrite. En marge d'une dépêche de Magallon en date du 27 frimaire an V (27 dé-
ccmbrc 1795) (l), où il demandait un congé, on lit cette annotation, sans doute de la même main qui a tracé les précédentes : « Citoyen Dupéron. Hâter le travail sur l'Egypte; accorder le congé d'une année, la démission de cet agent serait funeste. »
A l'intérieur l'accalmie, à l'extérieur la victoire favorisaient d'ailleurs, chez les particuliers comme chez les gouvernants, l'essor des idées d'expansion politique et commerciale. A la faveur de l'apaisement et de l'éclaircie reparaissaient des projets que la tourmente et l'invasion avaient momentanément rejetés dans l'ombre. Deux mémoires, l'un anonyme du 27 prairial an III (5 juin 1795) (2), l'autre du général de Montalembert (3), en 1796, rappellent l'attention du gouvernement sur Candie. Le plan traditionnel d'accès aux Indes par Suez ne pouvait faire exception à cette sorte de renaissance. « Je vais vous remettre sous les yeux cette grande question » , écrit le capitaine Real, au ministre de Lacroix, le 25 décembre 1795 (4), en lui proposant « l'ouverture du commerce avec l'Inde par le Suez » . La plupart des Échelles du Levant, notamment celles d'Egypte et de Syrie, ayant, comme on sait, subi de la manière la plus fâcheuse le contre-coup de la Révolution,
(1) Arch. Aff. étr.,, correspondance consulaire. Alexandrie.
(2) Arch. Aff. étr., Turquie, 191.
(3) Cité par \a JonquiÈre, Expédition (VÉcjyptc, p. 148.
(•Y) An h. Aff. étr., mémoires et documents, Turquie. 14^ 15.