CHAPITRE IX
avaient besoin d'une complète réorganisation. Dans les nouveaux traités que le gouvernement passerait avec la Porte ottomane, sur la base des anciennes capitulations, pourrait être insérée une clause reconnaissant à nos marchands le droit de se servir de la route de Suez. Tous les commerçants français se trouvant alors à Alexandrie, le capitaine Real proposa de les installer de nouveau au Caire et de ranimer leur courage en ouvrant à leur commerce ce nouvel horizon. Un commissaire, envoyé en Egypte, (ce serait lui) procéderait avec eux à l'étude des moyens d'assurer le fonctionnement régulier des communications avec la France et l'Inde. Ce mémoire porte en marge la note suivante, sans doute du ministre : « Citoyen P>oulouvard. Examiner cette proposition intéressante etm'en faire un rapport. » Puis, plus bas et d'une autre écriture, on lit ces lignes, qui sont probablement l'appréciation du chef de la 2P division : « Ce mémoire honore le zèle et le patriotisme du citoyen Real. Ce projet est depuis longtemps une des idées favorites du chef qui est à la tête du Levant et de la Barbarie. La navigation de la mer Rouge porterait un coup mortel aux Anglais. Mais la République peut-elle aujourd'hui s'en occuper? Ce projet n'est-il pas prématuré? N'est-il pas auparavant nécessaire de renouveler nos conventions avec la Porte ottomane? Ne nous faudrait-il pas construire des navires propres à traverser aisément les bas-fonds
dont la mer Rouge est obstruée? Tout cela paraît nécessiter la paix. On soumet ces réflexions aux lumières du ministre. D'ailleurs, on a sur cet objet d'intérêt public des matériaux... » Il ne semble pas que ces matériaux aient été exhumés, ni que le rapport demandé par Delacroix à Boulouvard ait vu le jour.
Il était naturel d'ailleurs que le gouvernement attendît, pour prendre une décision relativement aux projets de Magallon et de Real, l'issue de la mission confiée à Dubois-Thainville.
Arrivé à Alexandrie le 29 octobre (1), Thainville y réunit les négociants du Caire et leur demanda si, dans l'hypothèse où sa mission réussirait, ils rentreraient dans leurs établissements : les régisseurs de trois maisons répondirent oui, et ceux de deux autres non. Passant outre à ce désaccord, Thainville consulta, sur les chances qu'il avait de réussir, le consul général Magallon et un vieux négociant, Mesnard. Tous deux furent d'accord pour constater l'insuffisance de ses moyens, notamment de ses arguments sonnants, et cependant la nécessité pour lui de tenter la chance. » Votre mission, lui dircnt-il, est annoncée depuis longtemps; si vous ne paraissez pas, notre position deviendra pire et nous sommes résolus à
(1) Mémoire adressé par Thainville à Vcrninac, le 16 fructidor an IV (5 septembre 1796). (Arch. nation, et Arch. ambassade de France à Constantinople.)