CHAPITRE IX
quitter l'Egypte avec vous. » Il fut donc décidé de former un fonds supplémentaire de 20 000 piastres; les trois régisseurs qui avaient opiné dans le sens du retour au Caire y entrèrent pour 14 000 piastres, Magallon pour 3 000 et Thainville pour autant. Un des négociants, Baudeuf, fut choisi pour être dépositaire de ces fonds et accompagner le commissaire. Ces précautions prises, Thainville partit pour Rosette, où il procéda à l'installation de Magallon neveu en qualité de vice-consul, et de là gagna le Caire.
Le 6 pluviôse (26 janvier 1796), il se rendit « eu uniforme national » , escorté de Magallon, des négociants et suivi par une foule immense à la citadelle où le pacha l'attendait pour l'audience solennelle. Magallon en sortit revêtu dune nouvelle pelisse, les Français de cafetans et Thainville, qui ne nous dit pas s'il eut une part de ces largesses, ne s'en montre pas moins très satisfait des honneurs dont il fut l'objet. Puis, la même cérémonie se renouvela chez Ibrahim et chez Mourad, dans sa maison de Gizeh : tous deux accueillirent leur hôte avec tous les raffinements de la politesse orientale. Ils lui prodiguèrent les protestations d'amitié et de bonne volonté envers la nation française : ils avaient toujours été ses amis; on les avait calommiés, en prétendant que leurs violences l'avaient forcée à quitter le Caire ; ses intérêts et les leurs étaient communs; le commerce dépérissait depuis le départ des marchands français. Fidèle à
ses instructions, Thainville entreprit aussitôt de donner à Ibrahim et à Mourad une idée de la force, de la grandeur et des triomphes de la République; et il esquissa, en termes vibrants d'une patriotique émotion, le tableau des bienfaits de la Révolution, des victoires et des conquêtes de la France. L'impression produite sur les beys par ses discours fut, pour sa fierté de patriote et son amour-propre d'orateur, l'occasion de douces satisfactions : chez Ibrahim, notamment, des exclamations marquèrent plus d'une fois, pendant que Thainville parlait, l'étonnement et l'admiration du bey et de ses Mameluks. Sans doute, certaines remarques laissèrent deviner, chez ces despotes orientaux, quelques préventions sur l'œuvre de la Révolution et quelque difficulté à en saisir toute la beauté : « On assure, dit Ibrahim d'un ton un peu méchant, que, depuis que vous n'avez plus de roi, tout le monde chez vous a le droit de commander. » Mais Thainville eut bientôt fait de démontrer l'absurdité de cette imposture. Ainsi, grâce à l'habileté du commissaire et à la bonne grâce de ses interlocuteurs, aucune note discordante ne vint troubler cette première rencontre de la Révolution française et du despotisme égyptien.
Après cette entrée en matière, Thainville se mit en devoir de travailler au véritable objet de sa mission, c'est-à-dire au remboursement des dettes et aux garanties d'avenir. Il se ménagea le concours du conseil-