CHAPITRE IX
1er le plus écouté d'Ibrahim, Ali Aga, qui se chargea de présenter à son maître les demandes du commissaire français. Peu de jours après, Ali Aga rapporta la réponse du bey : il fixait la fin d'avril comme terme de remboursement; son premier écrivain se présenta même chez les marchands pour arrêter les comptes. Le 1 1 ventôse (lprmars 1796), Thainville eut une nouvelle entrevue avec Ibrahim et posa nettement la question : liquidation des dettes et exécution rigoureuse des traités. « N'ai-je pas dans tous les temps accordé sûreté et protection aux Français? » répliqua tranquillement Ibrahim. Il promit cependant tout ce que voulut Thainville et expédia même en sa présence un ordre au Douanier, pour que les Français fussent payés sur les douanes.
Mourad fit quelque difficulté à recevoir une seconde fois Thainville et désira que Magallon assistât à l'audience. « Est-ce que l'on pourrait penser que je veux être l'ennemi des Français? » répondit-il avec indignation aux revendications du commissaire. « Je veux qu'ils soient payés incessamment. » Et tout aussitôt il déclara ne pouvoir s'acquitter qu'après le Ramadan et le départ de la caravane pour la Mecque. Puis interprétant à faux une parole de Magallon, il entra dans une violente colère : « Ah! je vois bien qu'on me menace, mais qu'on sache que je ne crains rien! » Thainville et Magallon s'estimèrent heureux d'obtenir de ce débiteur irascible la promesse d'un
28f> ORIGINES DE L'EXPÉDITION D'EGYPTE
arrangement, qui fut soumis le lendemain aux négociants et accepté par eux. Dans une troisième entrevue, aussi orageuse que la précédente, Thainville obtint encore de Mourad qu'il donnât au Douanier l'ordre de ne percevoir sur les marchandises françaises que les droits prévus par les capitulations.
Les choses en étaient là lorsqu'on apprit que les Français avaient été compris dans une extorsion générale sur les habitants de Rosette et d'Alexandrie. Aussitôt, Thainville se mit en campagne et réclama des ordres immédiats exemptant ses concitoyens de cette contribution illégale. Il les obtint et put préserver de tout désagrément la nation d'Alexandrie; mais, quand l'ordre arriva à Rosette, le gouverneur, après deux heures de siège, avait fait enfoncer les portes du khan des Français et exigé d'eux cinq cents pataquès. C'était une nouvelle insulte et la démonstration de ce qu'on pouvait attendre des promesses des beys. Thainville demanda satisfaction et put faire rembourser la somme extorquée : « Une telle violence, dit-il lui-même, eût mérité une réparation plus éclatante. » Mais il sentait si bien la faiblesse de ses moyens, qu'il renonça à pousser les choses à bout.
Cependant, l'époque à laquelle Ibrahim avait promis de s'acquitter était arrivée. Mais, quand Thainville lui rappela son engagement, le bey demanda un nouveau délai de deux mois et le commissaire, malgré