CHAPITRE IX
tous ses efforts, dut se prêter à ce nouvel arrangement. En lui donnant congé le 5 floréal, Ibrahim renouvela encore une fois les plus belles promesses. Quant à Mourad, il prit prétexte de son séjour dans une maison de campagne pour ne pas recevoir Thainville, disant vouloir lui épargner la fatigue du trajet.
Après quatre mois de séjour, Thainville quitta le Caire, n'ayant obtenu, en tout et pour tout, que des promesses, sur la valeur desquelles lui-même ne s'illusionnait pas, Il se rendit en Syrie, où il était chargé d'une mission analogue à celle qu'il avait accomplie en Egypte, et fit ensuite voile pour Smyrne, d'où il adressa à Verninac, le 16 fructidor an IV (2 septembre 1790), un rapport d'ensemble sur sa mission. Une copie de ce rapport fut transmise à Paris, où il fut examiné avec une attention qu'attestent encore les questions formulées en commentaire (1).
En tant qu' huissier, Thainville avait échoué dans sa mission; sans doute rapportait-il des promesses solennelles : mais il était bien improbable que les débiteurs accordassent à leurs créanciers, une fois l'huissier parti, ce qu'ils lui avaient refusé à lui-même. L'échec de cette sorte de sommation courtoise conduisait naturellement à examiner l'éventualité de la saisie et il
(1) A la suite de l'exemplaire de ce mémoire contenu aux Archives nationales se trouve une série de dix questions indiquées comme exigeant une solution.
semble que l'idée en soit venue à l'esprit de Thainville. Non seulement son rapport s'étend sur l'importance du commerce d'Egypte, sur la richesse du pays, mais il relève les symptômes de décadence et de dissolution observés dans tout l'empire ottoman, les tares et l'impuissance du gouvernement égyptien, les efforts du commerce anglais pour s'ouvrir la route de Suez. « Le citoyen Thainville a parcouru la Bosnie, la Roumélie, l'Albanie, la Caramanie, l'Anatolie, l'Egypte, une partie de la Syrie, plusieurs îles de l'archipel. Il n'a vu partout que révoltes, pillages, désastres. Le gouvernement de la Porte est avili. Sans une révolution morale dans le Divan, la dissolution de ce vaste empire lui semble inévitable... L'Egypte est dévorée par l'anarchie. Le moment d'une révolution ne semble pas éloigné. La puissance des deux beys, divisés entre eux, s'affaiblit... Si jamais le commerce de l'Inde s'ouvre par la voie de Suez, le Caire deviendra la plus importante place du monde. Les Anglais profitent déjà de cette voie. Le citoyen Thainville, pendant son séjour au Caire, a vu arriver trois paquebots anglais à Suez. »
C'était rappeler l'intérêt et la facilité d'une conquête vers laquelle Magallon avait déjà orienté le gouvernement.