CHAPITRE X
lésultat négatif de la mission de Thainville. — Le gouvernement invite Magallon à se rendre à Paris. — Arrivée de Talleyrand au ministère des Affaires étrangères. — Son essai sur les avantages à retirer de colonies nouvelles. — Projet de Bonaparte sur l'Orient.
— Occupation des îles Ioniennes. — Vues sur l'Egypte. — Approbation de Talleyrand aux vues de Bonaparte. — Projet d'occupation de Malte. — Les visées de Bonaparte sur l'Egypte se précisent.
— Entretiens avec Pesaix. — Nouvelle approbation de Talleyrand.
— Becueil de documents adressé par Rosily à Monge. — Traité de Campo-Formio. — Projet de descente en Angleterre. — Voyage de Bonaparte sur les côtes de l'Océan. — Confidences à Bourrienne. — Fidélité de Talleyrand au projet d'expédition en Egvpte.
— Mémoires de Barallier, d'Anquetil , de Thermin, rapports de Lazowski. — Ouvrage de Pelpueeb-Comeiras. — Mémoires de Tréhouart et de Gourlade. — Mémoires de Magallon à Talleyrand.
— Mémoire de Talleyrand au Directoire sur la concpjête de l'Egypte.
— Retour de Bonaparte à Paris. — Abandon du plan de descente en Angleterre. — Le Directoire décide l'expédition en Egypte.
— INok- de Bonaparte sur les moyens d'exécution. — Conclusion.
Thainville parti, l'événement confirma l'inutilité de ses efforts : les beys ne tinrent aucun compte de promesses qu'ils lui avaient faites et ce fut en vain que Magallon les leur rappela. « Je ne vous ai pas dissimulé que la tentative faite pour convertir les beys n'avait absolument rien produit, écrivait au ministre le vice-consul à Alexandrie. Le citoyen Thainville parti, le consul général n'a pas été plus heureux
dans la poursuite dont il était chargé ; il n'a pas pu réussir de faire payer aux beys un sol à compte des sommes extorquées (1). »
Sans doute est-ce pour protester contre ce manque de parole que le Directoire, dans le courant de l'an V, transfère encore une fois du Caire à Alexandrie la résidence du consul général. Ce n'est pas que, dans ce port, les marchands soient complètement à l'abri des vexations. En mars 1797 (ventôse an V), le chef de la douane fait saisir et placer sous séquestre toute une cargaison de draps : telle fut sa manière de souhaiter la bienvenue à Magallon, qui ne demeura d'ailleurs pas longtemps à Alexandrie.
Il avait en effet, dès le mois de décembre 1795, sollicité un congé, nécessité par l'état de sa santé et de ses affaires, également compromises. Ce congé lui fut accordé le 16 août 1796 (29 thermidor an IV). Le chef de la 2e division, Boulouvard, l'en informa par une lettre qui constitue un nouvel indice des dispositions du gouvernement (2) .
« Je ne saurais vous peindre, écrit Boulouvard, la juste indignation que j'ai éprouvée en voyant des Français, des citoyens dune nation partout triomphante, devenir les victimes des plus vils et des plus
(I) Aieli aff. (h-., correspondance consulaire. Alexandrie, 11 octobre L796 (1" brumaire an V).
(2.) Aieli. aff. ('ii-., correspondance consulaire. Alexandrie, \\) thermidor an IV (IG août 1790).