CHAPITRE X
parte à proposer, le Directoire à approuver l'occupation de Gorfou, Zante, Géphalonie et Cerigo. Sans aller jusqu'à vouloir tirer immédiatement parti de ces positions pour pousser plus avant nos entreprises, Bonaparte a cependant, dès lors, très nettement entrevu et indiqué au Directoire telles éventualités où nous pourrions les prendre pour bases d'opérations. La dissolution de l'empire ottoman et la conquête de l'Egypte ont été les premières de ces éventualités qui se soient présentées à son esprit, et elles ont exercé de prime abord assez d'influence sur son jugement pour lui faire attribuer aux îles Ioniennes une valeur supérieure à celles de toutes ses conquêtes italiennes.
« Les îles de Gorfou, de Zante et de Géphalonie, écrit-il le 16 août 1707 (1) au Directoire, sont plus intéressantes pour nous que. toute l'Italie ensemble.
« Je crois que, si nous étions obligés d'opter, il vaudrait mieux restituer l'Italie à l'empereur et garder les quatre îles, qui sont une source de richesse et de prospérité pour notre commerce. L'empire des Turcs s'écroule tous les jours : la possession de ces îles nous mettra à même de le soutenir, autant que cela sera possible, ou d'en prendre notre part.
(1) Une grande partie des citations que nous serons amenées à faire dans la suite de ce chapitre seront, comme celle-ci, empruntées à l'excellent ouvrage du commandant de La Jonquikhe, l'Expédition d'Egypte, t. I"\, Paris, Oh. Lavauzelle.
« Les temps ne sont pas éloignés où nous sentirons que, pour détruire véritablement V Angleterre, il faut nous errvarer de U Egypte. Le vaste empire ottoman, qui pér\ tous les jours, nous met dans l'obligation de penser de bonne heure à prendre des moyens de conserver notre commerce du Levant... »
C'est la première fois qu'apparaît sous la plume de Bonaparte l'idée de s'emparer de l'Egypte : elle lui a été inspirée par le contact de l'Orient, en même temps que d'autres idées, qui ont, comme celle-là, hanté l'imagination des Français de l'ancien régime : la dissolution de la Turquie, le commerce du Levant. Il ne semble pas encore s'être fait, dans l'esprit de Bonaparte, de classement, de triage entre ces diverses idées, qu'il met toutes à peu près sur le même niveau. C'est sans plan arrêté que, poussé par une sorte d'instinct, il se hâte de prendre contact avec le monde nouveau qui vient de lui être révélé, noue des relations avec le pacha d'Albanie, brûle d'éveiller en Grèce a le fanatisme de la liberté » et d'y faire connaître « le grand peuple (1) ».
(1) Lettre de Bonaparte à Talleyrand, on date du 16 août 1797, le même jour que sa lettre au Directoire «... Notre occupation des îles de Corfou, Zante et Céplialonie exige que nous nous mettions en correspondance avec les différents pachas de l'Albanie. Ce peuple est très porté pour les Français. Ces îles sont pour nous de la plus grande importance. C'est en vain que nous voudrions soutenir l'empire de Turquie; nous verrons sa chute de nos jours; l'occupation de ces quatre belles îles sera pour nous un moyen de le soutenir ou de nous faire notre pari Le fanatisme de la liberté, qui déjà commence à