CHAPITRE X
C'est de la même manière, pour ainsi dire en bloc et sans établir de rang entre elles, que Talleyrand accueille les idées de Bonaparte et les fait approuver par le Directoire. Il faut cependant noter l'empressement du ministre à entrer dans les vues du général en chef de l'armée d'Italie et la mention spéciale faite, dans sa réponse, de l'utilité dont peut nous être un jour l'Egypte.
« ... Le Directoire, écrit Talleyrand le 23 août (1) , approuve parfaitement l'occupation de Zante, Gorfou et Céphalonic. Vous aurez vu, par une de mes précédentes dépêches, que le Directoire et vous vous êtes rencontrés à cet égard, et qu'il avait également nommé Gerigo comme bonne à occuper. Rien, au reste, n'est plus important que de vous mettre sur un bon pied avec l'Albanie, la Grèce, la Macédoine et autres provinces de l'empire turc d'Europe et même toutes celles que baigne la Méditerranée, comme notamment L'Egypte, qui peut nous devenir un jour d'une grande utilité. Le Directoire, en apprenant les liaisons que vous avez établies avec le pacha Ibrahim et la nation albanaise, désire que vous fassiez connaître le peuple français au reste des provinces turques d'une manière qui, tôt ou tard, puisse
aborder en Grèce, y sera plus puissant que le fanatisme religieux. Le grand peuple y trouvera plus d'amis que le Russe. Corfou et Zanlc nous rendent maîtres de l'Adriatique et du Levant... » (I) La Jonquikiîe, op. cil.
tourner à leur profit et au nôtre, et au désavantage de nos communs ennemis. »
Peu à peu cependant, le projet d'occuper l'Egypte se détache sur l'ensemble des idées qui ont germé dans l'esprit de Bonaparte, se précise et prend pour ainsi dire un relief particulier. Cette évolution se révèle déjà par la proposition d'acquérir Malte. Le 13 septembre, Bonaparte signale en effet à Talleyrand l'intérêt de la France à se saisir de l'île, dont l'occupation sera le premier acte de l'expédition de 1798.
La nature de cet intérêt est suffisamment indiquée par les développements dont Bonaparte fait suivre sa proposition et qui ont pour objet les conditions mêmes d'une expédition en Egypte.
« ...Je pense que désormais la grande maxime de la République doit être de ne jamais abandonner Gorfou, Zante, etc. Nous devons, au contraire, nous y établir solidement; nous y trouverons d'immenses ressources pour le commerce et elles seront d'un grand intérêt pour nous dans les mouvements futurs de l'Europe.
« Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? L'amiral Brueys pourrait très bien mouiller là et s'en emparer. Quatre cents chevaliers et, au plus, un régiment de 500 hommes sont la seule défense de la ville de La Valette. Les habitants, qui montent à plus de 100 000, sont très portés pour nous et fort dégoûtés de leurs chevaliers, qui ne peuvent plus