CHAPITRE X
vivre et meurent de faim; je leur ai fait exprès confisquer tous leurs biens en Italie. Avec l'île de Saint-Pierre, que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte, Gorfou, etc., nous serons maîtres de toute la Méditerranée.
« S'il arrivait qu'à noire paix avec l'Angleterre nous fussions obliges de céder le cap de Bonne-Espérance , il faudrait nous emparer de l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu à une nation européenne. Les Vénitiens seuls y ont eu une certaine prépondérance, il y a bien des siècles, mais une prépondérance précaire. L'on pourrait partir d'ici avec 25 000 hommes, escortés par 8 ou 10 bâtiments de ligne ou frégates vénitiennes, et s'en emparer. L'Egypte n'appartient pas au Grand Seigneur.
« Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris quelques renseignements pour me faire connaître quelle réaction aurait sur la Porte notre expédition en Egypte.
« Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes les religions sont égales, mahométans, coptes, arabes, idolâtres... etc., tout cela nous est fort indifférent; nous respecterions les uns comme les autres (1) . »
Cette lettre est datée de Passeriano, petite ville de Vénétie, à quelques kilomètres de l'Adriatique, dont
(1) La Jonquière, op. cit.
l'étroit couloir sépare seul Bonaparte de ce monde oriental, qui parle alors à son imagination. Pendant son séjour dans cette ville, il reçoit, en septembre 1797, la visite de Desaix. Le projet d'une entreprise en Egypte est au nombre des sujets dont Bonaparte entretient son hôte, qui trace ainsi les grandes lignes de leur conversation :
« Idées sur l'Egypte, sur ses ressources; projet sur elle; développement; paix avec l'Autriche, l'Angleterre; départ de Venise de 10 000 hommes et 8 000 Polonais pour l'Egypte, s'en emparer, avantage, détail, avec 5 divisions, 200 cavaliers; assemblage de tous les moyens d'être bien instruit; voyages Savari, Volney (1) . »
Les notes de Desaix rappellent ensuite longuement les relations établies avec certains pachas, entre autres celui de Scutari d'Albanie, les correspondances avec les Maniotcs, etc. « Les idées de Bonaparte sur l'Egypte se présentent donc, en 1 71)7 , d'une façon assez différente de celle qui fut réalisée en 1798. L'intervention dans ce pays apparaît, au même titre que les intelligences avec les populations helléniques, comme l'un des actes de la grande opération entrevue par Bonaparte, le partage de l'empire ottoman (2). » Mais par le fait seul qu'il consiste en une expédition, M acte qui doit se dérouler en Egypte acquiert une
( I ) La Jonquièrk, op. <it.
|2) lbid.t i. I", (). ï>-2, note I.