‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 145 sur 173 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de Rosilyà Suez, en 1787, avec la Vénus ; le mémoire de Truguet sur l'état de l'Egypte en 1784; une correspondance de Froment avec les directeurs de la Compagnie des Indes; le mémoire de Choiseul-Gouffier aux administrateurs de cette même Compagnie ; un mémoire du maréchal de Castries sur le commerce de Tlnde; des lettres écrites par Magallon en 1787.

Voilà donc une partie de ce qu'on peut appeler le dossier de la question mise sous les yeux de Monge, qui n'est ici que l'intermédiaire de Bonaparte. C'est sur le désir exprimé par Monge, agissant probablement à l'instigation de Bonaparte, que Rosily réunit ces documents et les lui adresse (l). La seule initiative de cette sorte d'enquête rétrospective prouve qu'ils ont tout au moins soupçonné l'existence de la longue tradition à laquelle se rattachait le projet de conquérir l'Egypte. L'enquête de Rosily renoue cette tradition, relie le présent au passé; elle fait en quelque sorte comparaître devant Bonaparte certains précurseurs ignorés de ses propres idées et lait d'eux ses collaborateurs et ses conseillers.

Poursuivies aux archives de la Marine, les recherches

(1) Ces documents sont en effet précédés d'une lettre de Rosily à Monge : « En vous faisant passer, d'après l'aveu du ministre de la Marine, plusieurs pièces que le dépôt possède, je crois pouvoir parvenir à mieux vous éclairer que par un détail général que je pourrais vous donner et des idées dont la certitude ne serait pas bien prononcée... L'envie de remplir vos désirs promptement m'a fait écrire un peu à la hâte. »

de Rosily font bientôt découvrir des documents dont l'inspiration présente plus d'analogie avec l'objet même du plan de Bonaparte : ce sont le rapport de Tottsur sa mission secrète, les observations de Saint- Didier, le mémoire du consul Mure. Ils forment un second recueil qui dut être ultérieurement communiqué au général en chef (1) .

Il n'est encore question, à ce moment, du projet concernant l'Egypte qu'entre Bonaparte et Talleyrand. Le Directoire n'en a pas été saisi. Par contre, il a fait sienne la proposition d'occuper Malte et montre même une grande hâte d'y voir donner suite. Le 27 septembre, il autorise Bonaparte à prescrire à l'amiral Brueys toutes les mesures convenables pour s'assurer de cette île; le 3 octobre, il le presse de s'en emparer; le 21, il lui suggère de l'acheter. Mais trois jours avant a été signée la paix de Campo-Formio (17 octobre), qui va être le point de départ d'une diversion aux vues de Bonaparte et du Directoire sur l'Orient.

Bonaparte lui-même, en transmettant au Directoire le texte du traité, désigne la lutte contre l' Angleterre aux efforts du gouvernement. Immédiatement aussi, le Directoire se rend à son avis : le jour même où il

(lj (a- recueil porte en première page la note suivante : « Second cahier de mémoires sur l'Egypte faisant suite au premier cahier sur le même objet, qui avait été adressé du dépôt des cartes et plans de la marine au citoyen Monge et qu'il a remis au général en chef Bonaparte. » Arch. de la Guerre.

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