CHAPITRE X
République de s'emparer de Varna, de Constantinople et d'îles de l'archipel. Quant à l'Egypte, « il faudrait, dit-il, établir des comptoirs armés à Alexandrie, à Rosette et au Caire, avec de fortes garnisons qui puissent protéger le commerce, rompre les communications des Anglais avec l'Inde par terre, et faire respecter le nom français parmi des peuples qui continueraient d'être régis par leurs lois, mais avec une forme de gouvernement plus sensée et moins absolue que celle des beys et des Mameluks... L'Angleterre serait ainsi chassée de l'Egypte, comme des autres Échelles du Levant et de la Méditerranée, et ce ne sera pas un petit inconvénient pour elle d'avoir sans cesse à doubler le cap de Bonne-Espérance pour chercher les marchandises des Indes, tandis qu'elles arriveraient par un chemin plus court, perfectionné, par la terre, aux nations continentales. » En janvier de la même année, le capitaine du génie Lazowski (1), au retour d'une mission en Turquie, signale au ministre de la Guerre l'affaiblissement de la puissance ottomane, la décadence de l'armée, l'abandon de l'agriculture et du commerce, la
(1) La Jonquikre, op. cit., t. Pr, p. 148. — Né en 1759 à Lunéville où son père était à la cour tle Stanislas, Lazowski entra à l'école des ponts et chaussées, fut admis dans le génie militaire en l'an III, envoyé au service de la Turquie où il resta jusqu'en l'an V, chargé de reconnaître la frontière turco-russe et mourut général de division en 1812. Le rapport dont nous citons un extrait est du 15 nivôse an VI (4 janvier 1708).
ruine des finances. Au cas où le gouvernement renoncerait, ainsi qu'il l'y engage, à l'alliance de la Turquie et s'associerait à un partage, il désigne comme part à la France l'archipel et l'Egypte. « Pour faire, dit-il, cette conquête importante ou, je dirai mieux, pour tirer l'industrieux Égyptien de la servitude dans laquelle il gémit depuis longtemps, il suffira de chasser de cette contrée fertile dix ou douze mille Mameluks, dit-on, sans artillerie, sans connaissances militaires et toujours divisés entre eux... » Lazowski signale aussi les avantages qu'assureront à la France « l'exploitation du pays le plus fertile du monde et ensuite la navigation de la mer Rouge, cette route si abrégée des mers de l'Inde » . A la suite de ce travail, Lazowski fut autorisé à prolonger son séjour à Paris et invité à continuer l'étude d'un projet qui était autant du ressort des Affaires étrangères que de celui de la Guerre.
C'est encore de l'an VI de la République, 1798 di vieux calendrier, qu'est daté un ouvrage que Tallcyrand a pu lire. Le titre en est très explicite, selon la mode du temps : Considérations sur la possibilité, l'intérêt et les moyens qu'aurait la France de rouvrir l'ancienne route du commerce de l'Inde, accompagnées de recherches sur i isthme de Suez et sur la jonction de la mer Rouge à la Méditerranée. L'auteur, le citoyen Delpuech-Gomeiras, était un ecclésiastique qui avait acquis nue certaine notoriété connue historien, géo-