CHAPITRE X
graphe et juriste. Écrivant après l'occupation des îles Ioniennes, dont l'acquisition lui paraissait être l'acte le plus politique de la dernière guerre, il y voyait le principe d'une révolution qui devait ouvrir aux Français « les anciennes portes de l'Orient, placées sur la mer Rouge et le golfe Persique » . Rien ne lui semblait plus coupable que l'indifférence avec laquelle les nations européennes avaient laissé l'Angleterre accaparer le riche commerce de l'Inde. Aucune ne pouvait aussi légitimement que la France en faire un crime à son gouvernement et reprocher cette faute à l'ancien régime. Pour secouer le joug des Anglais, le moyen le plus efficace consistait à les dépouiller de ce monopole, « en faisant prendre au commerce des Indes une nouvelle direction et en le faisant couler par les anciens canaux que lui avaient ouverts les Phéniciens, les Grecs et les Romains, et ensuite les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Florentins et les villes hanséatiques. » L'exploitation de ce commerce serait confiée à une Compagnie par actions, mais sans privilège exclusif, dont le comptoir serait à Alexandrie ou au Caire, et à laquelle pourraient s'intéresser tous les négociants de France. Auparavant, on pourrait « commettre un homme entendu et expérimenté pour faire le tour des Échelles du Levant, examiner plus à fond les côtes de la mer Rouge, du côté de l'isthme de Suez, » étudier la nature du commerce, les conditions des marchés
orientaux, la concurrence étrangère, les difficultés susceptibles d'être rencontrées, enfin préparer la voie aux opérations de la Compagnie. Ce commissaire devrait être muni d'une permission du Grand Seigneur et accompagné, si possible, d'un officier de la Sublime Porte. Ensuite on installerait des facteurs. Un agent serait établi à Djeddah, avec deux ou trois médecins. Des magasins seraient organisés à Suez et dans quelque port commode sur le golfe Arabique; il conviendrait aussi d'avoir un comptoir à l'extrémité orientale de la Méditerranée, le plus près possible de Suez. C'est dans ce dernier port que seraient construits les navires destinés à la navigation entre l'Egypte et l'Inde. L'ambassadeur de France à Constantinople s'emploierait à gagner la Porte à ce plan, auquel il serait également nécessaire d'intéresser le chérif de la Mecque.
Le succès de cette entreprise aurait pour conséquence une véritable renaissance économique de l'Egypte, dont les ressources naturelles, momentanément taries par un despotisme barbare, fournit à Delpuech-Comeiras le sujet d'un brillant développement. « L'Egypte, dit-il, est de tous les pays celui qui a présenté le spectacle le plus imposant et le plus varié. Des campagnes fertiles, des villes florissantes, une nation guerrière et éclairée, de tous côtés des monuments qui rappelaient de grandes actions, des marbres, des bronzes qui retraçaient la beauté, les