‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 15 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Par la faute de la Porte, le commerce du café changea de voie et se fit désormais par le cap de Bonne-Espérance. Djeddah et Moka devinrent des escales pour les vaisseaux français, anglais et hollandais, qui naviguaient entre les Indes et l'Atlantique. Sans doute est-ce le développement de ce courant commercial qui décida notre diplomatie à conclure, en 1737 (1), un traité de commerce avec le schérif de la Mecque. C'est presque au même moment que le marquis de Villeneuve installe un consul à Bassora et cultive les anciennes relations de la France avec la Perse (1738). H y a dans la coïncidence de ces deux faits comme une velléité de retour aux vastes conceptions dont Colbert avait poursuivi la réalisation, pour ouvrir aux Français les avenues commerciales des Indes et drainer vers nos ports le riche trafic de ce continent. Mais ces velléités restèrent pratiquement infructueuses et, faute d'une action suffisamment énergique et persévérante, le commerce vit se dérober à lui les espoirs si souvent entrevus.

Le pouvoir royal n'eut pas non plus à se prononcer de longtemps sur la question de la conquête et de la possession de l'Egypte : ce projet ne lui fut plus

(1) On lit dans un Mémoire pour MM. les Administrateurs de la Compagnie des Indes, composé en 1785 par M. dk Seymandt : « La France a fait un traité de paix et d'amitié avec le schérif de la Mecque en 1737, traité oublié, dont M. Seymandi a remis une copie à Monseigneur le Ministre de la Marine, après avoir négocié les traités dont il est question ci-dessus. » (Arch. Aff. étr., Turquie, 173.)

présenté avant 1768. L'avenir semblait justifier la dédaigneuse réplique de Pomponne à la proposition de Leibniz : « Les guerres saintes ont cessé d'être à la mode en France depuis saint Louis. »

L'abandon momentané de cette idée par l'opinion publique résulte de la situation respective de la Turquie et de l'Egypte à cette époque. La Turquie, puissance encore redoutable ou, du moins, considérée comme telle, n'eût sans doute pas été pour la France une ennemie aussi dangereuse qu'elle était une alliée utile : mais elle passait pour vigoureuse encore et prête à défendre son bien. L'Egypte, politiquement dépendante de la Porte, n'avait pas encore réduit à néant l'autorité du sultan. Sans doute, l'éloignement de cette province favorisait déjà son indépendance de fait; dès 1724, l'ambassadeur du roi à Gonstantinople, le marquis de Bonnac (1), recommandait au consul de France au Caire de terminer sur place le plus d'affaires possible, sans en référer à lui, c'est-àdire de traiter les autorités locales en gouvernement autonome. Néanmoins, le pacha du Caire défendait encore ses pouvoirs contre les usurpations des Mameluks et le sultan gardait entière son autorité sur le Pacha. Les conditions politiques paraissaient donc

(1) « Les affaires qui regardent l'Egypte doivent être traitées en Egypte même par le eonsul ; il n'en faut envoyer que le moins qu'on peut à la Porte et il suffit que l'Ambassadeur écrive lui-même «le temps en temps au Paeha et fasse écrire par le Grand Vizir. » (Mémoire du marquis de Bonnac, Arch. Aff. étr., Turquie, 12. 11.)

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