‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 16 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

mettre à l'occupation de l'Egypte des obstacles qui en faisaient une entreprise hasardeuse à plus d'un égard.

A aucun moment cependant, l'attention de l'opinion publique ne se détourna complètement de l'Egypte. La grandeur de ce pays dans les temps passés, le rôle du Nil et du canal des Pharaons dans l'antiquité, les relations des Phéniciens, des Grecs et des Carthaginois avec l'Inde sont des matières familières aux érudits du dix-huitième siècle. « On ne parle, écrit un auteur de ce temps (l), que des anciennes villes de Thèbes et de Memphis, des déserts de la Lybie, des grottes de la Thébaïde. Le Nil est aussi familier à beaucoup de gens que la Seine. Les enfants même ont les oreilles rebattues de ses cataractes et de ses embouchures. Tout le monde a vu et entendu parler des momies. En un mot, le puits de Joseph, la colonne de Pompée, le phare d'Alexandrie, les pyramides d'Egypte sont des objets dont on a été si souvent entretenu, qu'entreprendre d'ajouter aux connaissances que l'on en a déjà, ce serait vouloir apprendre à un Parisien ce que c'est que Saint-Denys, ou faire connaître le tombeau de saint Martin à un habitant de la Touraine. »

L'auteur même à qui nous empruntons ces lignes, l'abbé Le Mascrier, extrait, en 1740, des mémoires de

(1) Préface de lu Description de l'Egypte composée, sur les mémoires de M. Benoist de Maillet, par l'abbé Le Mascrieb. (1740.)

Benoist de Maillet une Description de l'Egypte, où sont rassemblées toutes les données qu'un séjour de seize ans au Caire a mis ce consul à même de recueillir sur les monuments, les mœurs, les coutumes, la religion, le commerce, le gouvernement, la flore et la faune du pays. Bien entendu, Maillet n'a eu garde, dans les notes que son éditeur livre au public, de passer sous silence le projet qu'il a développé dans son rapport de 1698. Non seulement il rappelle l'existence du canal des Pharaons et de celui du khalife Omar et conclut de ces exemples à la possibilité de rétablir ces ouvrages, mais il consacre un développement d'un rare intérêt à « la jonction du commerce des Indes avec celui d'Europe par la mer Rouge » . Il ne s'agit plus là d'une entreprise colossale, comme celle dont le dix-neuvième siècle a vu l'exécution, mais d'un projet infiniment plus modeste, consistant à faire venir les marchandises des Indes à Suez, en passant parDjeddah, où un consulat serait établi, et à les transporter ensuite de Suez à Alexandrie, par caravane d'abord, par le Nil ensuite. Obstacles à surmonter, moyens d'y réussir, avantages à en retirer, tout est examimé avec une ampleur et une précision qui font honneur à l'intelligence de ce précurseur oublié de M. de Lesseps.

En 17 48, Montesquieu, dans l'Esprit des lois, décrit et compare les routes commerciales des anciens. Entre 1750 et 1760, le chimérique marquis

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