CHAPITRE X
défaut de trace matérielle d'entretiens entre le ministre et lui, on possède du moins le témoignage de Talleyrand lui-même sur la participation que Magallon a prise à l'élaboration du projet : Talleyrand en effet a avoué plus tard (1) à Sandoz, ministre de Prusse, « qu'il était, avec Magallon, consul en Egypte, l'auteur de cette grande entreprise » .
Le 9 février 1798, Magallon adresse à Talleyrand un mémoire sur l'Egypte (2), qui développe et complète les notions contenues dans ses propositions antérieures. "Nouvellement arrivé d'Egypte où j'ai résidé trente ans en qualité de négociant, et cinq ans en qualité de consul de la République, je m'empresse, dit-il, de rendre compte au gouvernement des observations que j'ai pu y faire, ainsi que de la position actuelle des Français qui y résident. Ils méritent que l'on s'occupe d'eux et que Ion venge les pillages et les insultes de tous genres qu'ils éprouvent. » Il esquisse ensuite à grands traits le gouvernement de l'Egypte, puis insiste sur les griefs des Français contre les chefs de ce gouvernement. « Ne pouvant douter que le désir de se venger ne porte notre gouvernement à sévir contre les tyrans de l'Egypte, en les chassant d'un aussi beau pays et en s'en emparant, je pense, poursuit Magallon, qu'il convient de lui en
(1) Le L9 avril I7(.)8. Voyez La JoNQUIERE, op . cit., t. I", p. L91.
(2) Ce mémoire, daté du 2.1 pluviôse an XI (9 février 1798), a été publié par la Revue d'Eyyplc de septembre 1896.
faire connaître l'importance. » C'est ensuite l'habituel tableau des ressources de l'Egypte, aboutissant à la conclusion suivante : « On peut aisément calculer le parti qu'une grande nation pourrait tirer d'un pareil pays, susceptible d'un commerce immense et dont les productions deviendraient infiniment plus considérables et la population bien plus nombreuse, si le cultivateur y jouissait du fruit de son travail. » Qu'on ne croie pas possible de continuer à exploiter le commerce d'Egypte dans les conditions actuelles. Or, l'événement ayant prouvé que les moyens de conciliation sont inutiles avec les beys, il faut « ou renoncer aux avantages que nous offre l'Egypte, ou nous y établir par la force » . Dira-t-on que nous paierons notre établissement en Egypte par la perte de notre commerce avec les autres Échelles du Levant? Mais ce commerce est déjà plus qu'aux trois quarts perdu. Objectera-t-on les égards dus au Grand Seigneur? Mais ce souverain met si peu de soin à faire respecter nos droits dans son empire que nous ne comptons plus nos griefs contre lui. « L'Egypte offre à la République une compensation assurée des torts que les beys ont faits aux Français et de tout ce qu'elle perd dans le commerce général du Levant. Elle acquerrait un pays des plus fertiles et des mieux situés pour étendre son commerce, un État peuplé d'hommes à qui la liberté donnera de l'énergie; elle acquerrait toutes les terres d'un pays superbe où il n'y a aucun posses-