‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 153 sur 173 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

seur légitime, et dont la vente au plus bon taux lui produirait des sommes immenses. Les impositions annuelles, quoique modérées, produiraient de quoi entretenir les troupes qu'il sera nécessaire d'y laisser. »

Quant aux conditions de la conquête, Magallon estime à 20 ou 25 000 hommes l'importance des troupes à engager, à 4 ou 5 vaisseaux de ligne et 6 frégates le nombre des bâtiments nécessaires à convoyer les transports de Toulon à Alexandrie, à 7 où 8 000 cavaliers les forces que les beys peuvent nous opposer. L'expédition devrait être prête à partir de Toulon ou de Gorfou le 15 juin pour être à Alexandrie le 5 juillet. Alexandrie enlevée, nos forces se concentreraient à Rosette, d'où elles gagneraient le Caire en cinq ou six jours. Aux environs du Caire, il pourra y avoir une bataille, dont l'issue ne saurait être douteuse. Les beys tâcheront de s'enfuir dans la Haute-Egypte, où nous devrons les poursuivre. Ce plan, remarque Magallon, convient à la fois « à la conquête absolue » , dont il se déclare partisan, et à une conquête pour le compte de la Porte, dont il fait ressortir les inconvénients.

Toute la fin du mémoire de Magallon est consacrée à une expédition contre l'Inde britannique. « Les Anglais, dit-il, ont toujours senti le mal que nous pourrions un jour leur faire par l'Egypte. » Magallon rappelle leurs tentatives pour accaparer la route de la mer Rouge, les efforts de notre diplomatie dans le

même sens, la sourde opposition qu'elle a rencontrée de la part de l'Angleterre. Celle-ci n'a, d'après lui, aux Indes, que 15 à 20 000 hommes, pour garder un territoire immense : les en chasser n'exigerait pas grand effort militaire. Quinze mille Français y suffiraient, en nouant des intelligences avec Tippo-Sahib. Tenu secret, ce projet pourrait être mis à exécution avant que les Anglais eussent pu faire parvenir des renforts aux Indes.

Mais s'il nous est facile de passer d'Egypte ou Inde, il n'est pas moins facile aux Anglais de passer de l'Inde en Egypte. C'est l'observation dont Magallon tire son argument final. « Les Anglais, dit-il, ne peuvent manquer d'avoir des vues sur l'Egypte, ne fût-ce que pour empêcher qu'elle ne tombe au pouvoir des Français. Lorsqu'ils verront le moment favorable pour s'en emparer, ils enverront une escadre sous prétexte d'en défendre l'approche à notre nation. L'Inde leur fournit les moyens d'envoyer à Suez 15 000 cipayes soutenus de 5 à 6 000 hommes de troupes européennes, qui seraient plus que suffisants pour s'emparer de l'Egypte et pour rendre après la conquête sur eux très difficile. »

C'est exactement cinq jours après avoir reçu ce mémoire que Talleyrand adresse le sien au Directoire (l). Les deux documents présentent des analogies

(I) !,<• mémoire de Talleyrand, en date du 18 pluviôse an VI,

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