‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 154 sur 173 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

si frappantes que le second n'est, à proprement parler, que la paraphrase du premier. Non seulement l'inspiration générale, le plan, l'argumentation, mais des phrases entières ont passé du mémoire de Magallon à celui de Talleyrand. Il est donc évident que Talleyrand a pris pour base de son projet le travail de Magallon. Il reconnaît d'ailleurs lui-même, dans le cours de son mémoire, avoir recouru aux lumières de Magallon et fait même cet aveu dans des termes qui prouvent en quelle estime il tenait son collaborateur : « J'ai là-dessus, dit-il, consulté l'homme qui a le plus longtemps résidé en Egypte et que la Providence semble avoir voulu conserver pour l'avantage de la République (1) . »

La contribution personnelle de Talleyrand au mémoire du 14 février se borne à quelques retouches, à quelques additions, dont certaines sont habilement combinées pour faire impression sur le Directoire. « L'Egypte fut une province de la République romaine, il faut qu'elle le devienne de la République française. La conquête des Romains fut l'époque de la décadence de ce beau pays, la conquête des Français sera

(14 février 1798), a été publié par le commandant la Jonquièrc (Op. cit., t. Ier, p. 154 à 168.

(i) A la lin du même document, Talleyrand dit encore : « Je pourrais ajouter à ce rapport une multitude d'autres détails que m'offrent la correspondance d'Egypte et le citoyen Magallon, consul général au Caire, qui a résidé trente-six ans dans cette contrée et actuellement à Paris. »

celle de sa prospérité. Les Romains ravirent l'Egypte à des rois illustres dans les arts, les sciences, etc. ; les Français l'enlèveront aux plus affreux tyrans qui aient jamais existé. L'ancien gouvernement de France s'était longtemps nourri du projet de cette conquête, mais il était trop faible pour s'y livrer. Son exécution était réservée au Directoire exécutif, comme le complément de tout ce que la Révolution française a présenté au monde étonné de beau, de grand et d'utile. »

L'un des points sur lesquels Talleyrand entre dans plus de détails que Magallon est, naturellement, l'attitude probable de la Porte et des puissances européennes. La liste de nos griefs contre le sultan s'allonge sous sa plume et s'enrichit de quelques faits supplémentaires. Ainsi complétée, elle est assez suggestive : vexations des beys d'Egypte contre les Français; persécutions de Djezzar contre les résidents d'Acre et de Seide; enlèvement d'une de nos frégates par les Anglais dans le port turc de Miconi ; violation des capitulations dans tout l'empire ottoman; incendie et pillage des biens de nos nationaux à Smyrne; assassinai, à Smyrne, d'un officier de la frégate la Brune, par un Turc. Tels sont les faits dont Talleyrand s'autorise pour repousser l'idée de ménagements à garder envers la Turquie. Il ne croit pas d'ailleurs qu'elle se risque à nous déclarer la guerre et considérerait en tout cas celle détermination comme la pire

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