CHAPITRE X
des opérations. Cela est faux, note-t-il en marge d'un passage où le ministre décrit à sa façon les moyens de défense des Mameluks. Plan bon j>oar une caravane de marchandises, écrit-il en face d'un autre paragraphe; Aux Petites- Maisons* en regard d'un alinéa où Talleyrand propose de placer l'armée sous l'autorité dune commission de trois personnes « sages, prudentes et fermes » ; Qaelle folie! quand le ministre émet l'opinion que les chefs de l'expédition n'auront pas besoin d'être pourvus de grands talents militaires. Tel est le ton de quelques-unes de ces annotations 11 en résulte clairement que Bonaparte est resté tout à fait étranger à la rédaction du mémoire dont il apprécie aussi sévèrement certains fragments. « Si l'on voulait y voir, en effet, le résultat d'une entente entre Talleyrand et Bonaparte, n'est-il pas évident que le commandement du corps expéditionnaire eût été le premier point sur lequel le ministre eût recueilli 1 opinion du général? Il n'eût pas formulé des propositions que l'on voit jugées dignes « des Petites-Maisons (1) » .
De son inspection des ports, Bonaparte rapporte l'impression que la descente en Angleterre nécessitera des préparatifs trop longs pour être achevés en temps opportun. Ses doutes sur la viabilité de la grande entreprise ramènent d'ores et déjà sa pensée vers
(;) La Jonqiiikur, op. cit., t. Ier, p. 168.
EOrient. Il s'en ouvre à Marmont : a Les préparatifs indispensables pour réussir sont au-dessus de nos forces; il faut en revenir à nos projets sur l'Orient; c'est là qu'il y a de grands résultats à obtenir. » Bientôt parviennent à Bonaparte des nouvelles qui confirment son impression et précipitent l'évolution commencée. L'escadre de Brueys, qui devait coopérer à Faction contre l'Angleterre, est hors d'état de rallier directement Brest et doit s'arrêter à Toulon. Kléber, qui vient d'inspecter les côtes de Normandie, est peu satisfait de ce qu'il a vu et conclut à la nécessité de mesures préliminaires encore nombreuses.
Dès lors Bonaparte, tout en persévérant dans la mission qui lui a été confiée, laisse à son tour apercevoir au Directoire la possibilité d'un changement de front. Le 23 février, il adresse à ce Conseil un rapport où, après avoir rendu compte de l'état de nos armements et des mesures à prendre pour les compléter, il conclut ainsi : « S'il n'est pas possible de se procurer exactement l'argent demandé par le présent mémoire, ou si, vu l'organisation actuelle de notre marine, l'on ne pense pas qu'il soit possible d'obtenir cette promptitude dans l'exécution que les circonstances exigent, il faut alors réellement renoncer à toute expédition d'Angleterre, se contenter de s'en tenir aux apparences et fixer toute son attention comme tous ses moyens sur le Rhin, afin d'essayer d'enlever le Hanovre et Hambourg à l'Angleterre.