CHAPITRE X
L'on sent bien que pour parvenir à l'un et l'autre de ces buts, il ne faudrait pas avoir une armée nombreuse éloignée de l'Allemagne.
« Ou bien faire une expédition dans le Levant qui menaçât le commerce des Indes.
« Et si aucune de ces trois opérations n'est faisable, je ne vois plus d'autre moyen que de conclure la paix avec l'Angleterre. Je me persuade qu'ils accepteraient aujourd'hui les propositions auxquelles Malmesbury n'avait pas voulu adhérer... »
Les trois partis indiqués par Bonaparte ne sont présentés par lui que comme des pis-aller, à défaut de la descente en Angleterre, dont l'abandon reste subordonné à l'impossibilité de se procurer les ressources et de prendre les mesures nécessaires. C'est ainsi que son rapport est interprété par le Directoire, qui le discute les 24 et 25 février. Ne voulant pas renoncer à l'expédition contre l'Angleterre avant d'en avoir reconnu l'absolue impossibilité, ce Conseil adopte, en fin de compte, une série de résolutions inscrites, en marge du rapport de Bonaparte, par le directeur Merlin de Douai : nomination d'une commission chargée de préparer et d'exécuter toutes les mesures qui lui seront prescrites par le général en chef; armement et rassemblement au Havre et à Dunkerque de toutes les chaloupes et bateaux canonniers existant depuis Bayonne jusqu'à Ostende; embargo sur les meilleurs corsaires de l'Océan; ordre au mi-
334 ORIGINES DE L'EXPÉDITION D'ÉCtYPTE
nistre des Finances de tenir 4 millions à la disposition de la commission; ordre au ministre de la Marine de pourvoir aux commandements vacants; ordre à Delacroix, ministre à la Haye, de réclamer à la République batave les navires demandés par Bonaparte. Toutes ces dispositions sont apparemment dirigées vers la préparation de la descente en Angleterre.
Jusqu'au 3 mars, rien ne vient en contremander ni même en relentir l'exécution. A cette date, d'importantes modifications sont apportées aux précédents arrêtés du Directoire : c'est l'avis donné à Delacroix que les navires hollandais n'ont pas besoin d'être rendus à destination à la fin du mois ; c'est le contreordre adressé au ministre de la Marine, relativement à l'embargo sur les corsaires et à la mise en état de 25 vaisseaux de ligne pour le 5 germinal; c'est l'ordre au ministre des Finances de ne verser à la commission que 300 000 francs par décade, au lieu de 800 000.
La suspension des préparatifs de la descente en Angleterre prouve qu'un revirement s'est produit, à cette date, dans l'opinion du Directoire. Desaix, revenant d'inspecter les côtes de Bretagne, a rapporté de sa mission une impression moins favorable encore que Kléber de la sienne. La conférence qu'il a eue, le 27 février, avec Bonaparte, a dissipé les dernières espérances du général en chef, car c'est de Brest que devait partir l'effort de notre marine de guerre. Le ± mars, le ministre intérimaire de la Marine, Lam-