CHAPITRE X
tantinople et des assauts livrés par le second, à Versailles, à la pusillanimité de Montmorin. Plus tard, devenu membre de l'Assemblée nationale, il a entendu retentir l'appel des négociants français du Caire à l'assistance du gouvernement. Ministre du Directoire, il a prêté l'oreille à leurs doléances et à leurs suggestions; il a connu la mission de Dubois- Thainville, l'écbec des moyens de conciliation, les velléités de représailles de Delacroix, les propositions réitérées de Magallon; il a été informé de l'enquête ordonnée par son prédécesseur et de l'invitation adressée à Magallon de se rendre à Paris ; il a largement mis à contribution l'expérience de cet obscur et pourtant infatigable artisan de l'expédition d'Egypte et reçu de lui un mémoire dont il s'est si copieusement inspiré que son propre rapport au Directoire n'en est guère que la paraphrase.
Bonaparte n'a pas été en contact aussi direct que Talleyrand avec les pionniers de l'idée qu'il a faite sienne et réalisée; il n'a pas assisté d'aussi près et, si l'on peut dire, de la coulisse, aux événements qui ont contribué à la faire éclore. Mais il n'en a pas moins subi, dans une moindre mesure, l'influence des uns et des autres. La crise à laquelle l'Orient fut en proie de 1786 à 1702 coïncide avec l'éveil de son intelligence aux choses de la politique et de son âme à l'ambition . Elle a fait sur son esprit une impression assez profonde pour que, plusieurs années après, il songe à faire car-
rière à Gonstantinople et à offrir son épée au sultan. La vallée du Nil a, de bonne heure, attiré son attention et parlé à son imagination : témoin les notes qu'il jette sur le papier en 1786. L'Egypte des Mameluks et la Turquie de son temps lui sont apparues à travers l'ouvrage rapporté par Volney de son voyage et les considérations du jeune écrivain sur la guerre des Turcs. Quand, neuf ans après, arrivé au seuil de l'Orient, il en a subi la fascination et a désigné l'Egypte pour théâtre d'une opération future, il a, tout aussitôt, vu surgir du passé toute une lignée de précurseurs, et un contact direct n'a pas tardé à s'établir entre sa pensée et la leur. A son appel ou à celui de Monge, qui a peut-être servi d'intermédiaire entre Bonaparte et ses devanciers, sont sorties de l'ombre les figures de Gastries, de Truguet, de Ghoiseul-Gouffier, de Froment, de Magallon. Il a noué commerce avec eux, entendu leurs plaidoyers, reçu leurs dépositions, grâce aux documents que, par l'entremise de Monge, Rosily lui a fait parvenir en Italie; ultérieurement, il a, de la même manière, recueilli les témoignages de Tott, de Mure, de Saint-Didier, dont les correspondances composent le second recueil formé pour Bonaparte par le dépôt des cartes et plans de la marine.
A l'origine du projet en faveur duquel Talleyrand et Bonaparte unirent leurs efforts, on trouve donc l'influence d'événements qui avaient dirigé vers