CHAPITRE PREMIER
d'Argenson, caressant un projet de croisade, met au nombre des conséquences de son dessein la création d'un canal de jonction de la mer Rouge à la Méditerranée. De 1753 à 1758, Voltaire consacre quelques pages de son Essai sur tes mœurs à l'influence de la découverte du Gap et aux luttes des Portugais contre Venise. En 1766, le géographe d'Anville réunit, dans ses Mémoires sur V Egypte ancienne et moderne, toutes les données qu'on possède de son temps sur la géographie de ce pays, y dresse, d'après les croquis et les relevés des voyageurs, les meilleures cartes qui aient existé jusqu'à l'expédition de Bonaparte.
Moins nombreux, moins célèbres surtout qu'à la fin du siècle, les Français maintiennent cependant la tradition qui, dès le moyen âge, les poussait à visiter l'Egypte. Tavernier, Morison, Lucas, Tollot, les Pères Sicard etDubernat continuent la série des voyageurs français. Les monuments historiques de l'Egypte inspirent une curiosité mêlée de respect. Un rapport au roi, du mois de mai 1737, propose de faire venir d'Alexandrie à Paris la colonne de Pompée et de la dresser sur une place de la capitale, surmontée d'une statue de Louis XV (1) . L'engouement dont témoigne
(1) Archives des Affaires étrangères, cartons intitulés : « Rapports au Roi, mai 1737. » « L'on propose de faire enlever d'Alexandrie la colonne de Pompée qui menace ruine et de la faire transporter en Fiance pour être élevée avec une statue du Roi au-dessus. C'est un des plus grands et des plus anciens monuments des siècles passés qu'il serait digne de la gloire du Roi de conserver. Les circonstances
cette proposition n'est déjà plus un fait isolé, car nous la trouvons reproduite dans le journal d'un voyageur de la fin du siècle, Sonnini de Manoncourt (1). Peu s'en fallut donc que, dès le dix-huitième siècle, un monument de la grandeur passée de l'Egypte ne s'élevât à Paris, peut-être à la place même où se dresse aujourd'hui l'obélisque de Louqsor.
Pas de progrès notable et peu de résultats acquis depuis 1715, mais un grand chemin parcouru avant cette date; une situation fortement établie, énergiquement défendue et encore intacte, dans un pays déjà convoité, désigné d'avance à l'ambition française : ainsi peut se résumer la question en 1768. A cette date, éclata en Orient une guerre qui mit tout l'Occident en émoi.
présentes paraissent favorables pour obtenir de la Porte des ordres pour l'enlèvement de cette colonne. L'on prétend qu'il y aurait des moyens tant pour la faire abattre sans l'endommager que pour la faire transporter en France et qu'il n'en coûterait pour cela qu'environ 100 000 livres jusqu'à l'embarquement pour lequel il faudrait construire un bâtiment exprès. »
(1) Sonnini (G. -S.), Voyage dans la Haute et Basse-Egypte fait patordre de l'ancien gouvernement... 3 vol. et 1 atlas. Paris, an Vil de la République. — Dans le chapitre consacré à Alexandrie, se trouve une curieuse dissertation sur le transport à Paris de la colonne de Pompée.