‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 19 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tion et que la France avait le devoir de s'en préoccuper.

Les Turcs refoulés en Asie, les Russes installés en Roumélie et à Constantinople, les Autrichiens à Salonique et en Grèce, à moins qu'un empire grec, politiquement soumis à l'influence de Pétersbourg et de Vienne, ne s'élevât sur les ruines de la Turquie d'Europe, c'était l'équilibre de la Méditerranée modifié du tout au tout, l'effondrement du système traditionnel de bascule si heureusement appliqué parla diplomatie française en Orient, avec le concours de l'empire ottoman, de la Suède et de la Pologne.

Si graves que fussent ces intérêts politiques, ce n'étaient cependant pas les seuls que la crise orientale mît en cause. L'intérêt du commerce avait toujours été un des motifs déterminants du gouvernement français à persévérer dans sa politique d'entente avec la Turquie. Ce devait être, par suite, un des objets essentiels de ses préoccupations, dans le nouvel état de choses créé par les désastres des Turcs. Du Levant tout entier, on peut dire en effet ce que nous avons dit de l'Egypte : que c'était pour la France une façon de colonie. Les États de ce temps cherchaient dans les colonies, moins un débouché pour le tropplein de leur population, qu'un marché où leur industrie pût à la fois écouler ses produits et s'approvisionner en matière première. Les Échelles du Levant répondaient à souhait à ce double besoin.

Elles absorbaient, bon an mal an, pour une vingtaine de millions de livres de marchandises et en fournissaient pour une trentaine de millions; elles étaient les meilleures clientes de nos manufactures de soie de Lyon, de drap du Languedoc, du Dauphiné et de Provence, dont Golbert était arrivé à faire les rivales heureuses des fabriques d'Angleterre et de Hollande. En retour, notre industrie s'approvisionnait de coton en Egypte et en Syrie, de soie brute à Smyrne, de laine à Gonstantinople. Alexandrie et Gonstantinople fournissaient des cuirs à nos tanneries de Provence, des cendres employées à la fabrication du savon de Marseille. Le commerce du Levant pourvoyait aussi, dans une large mesure, à l'alimentation de la France : Salonique était l'entrepôt du blé; Candie, celui de l'huile; l'Egypte, le marché du café et du riz. Smyrne, Alexandrie, les Échelles de Syrie subvenaient à la consommation des « drogues » et des

« épices » , que nos colonies de Bourbon et des Antilles, ou, pour parler le langage du temps,

« les îles » , ne produisaient plus en quantité suffisante. La prospérité de Marseille reposait, pour une large part, sur ce trafic, qui était lui-même l'origine d'un actif commerce de transit. Car, de Marseille, une partie des marchandises du Levant passait en Espagne, en Italie, en Suisse et jusqu'en Allemagne. Les marins de l'Océan, les « Ponantais » , venaient aussi en charger pour le Havre et pour Lo-

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