‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 21 sur 173 · CHAPITRE U Ai · texte numérisé non relu

CHAPITRE U Ai

vent fixé l'attention de M. le duc de Ghoiseul. L'acquisition de ce pays superbe et fertile était son projet favori, le roman politique qui occupait le plus souvent ses rêveries. »

Neveu de Ghoiseul, Lauzun a eu sa place marquée dans la coterie qui entoura successivement la toutepuissance du ministre et la disgrâce de l'exilé. La chronique du temps leur a attribué une parenté naturelle directe, qui n'a pas empêché le père légal de Lauzun, le duc de Gontaut, d'être, toute sa vie, l'intime ami de Ghoiseul, dont il avait protégé les débuts à la cour. Ses dissipations, ses voyages, ni ses campagnes n'ont jamais éloigné Lauzun que momentanément du ministre, dont il resta toujours l'un des familiers. Des premiers à lui rendre visite à Ghanteloup, il s'y est montré aussi assidu qu'une existence assez vagabonde le lui a permis. Ami de Lauzun, l'abbé de Périgord, le futur Talleyrand fut aussi au nombre des frondeurs qui fréquentèrent Ghanteloup, et ainsi tous deux ont pu recueillir de Ghoiseul luimême la confidence de ses projets sur l'Egypte.

L'Égyte était alors considérée comme une des provinces destinées à se détacher, dans le plus bref délai, de l'empire ottoman, tant était lâche le lien qui l'y rattachait encore. Le sultan n'y conservait plus, depuis plus de vingt ans déjà, qu'une souveraineté nominale; le pacha, auquel il déléguait son autorité, gardé à vue dans la citadelle du Caire, était plutôt

traité en prisonnier qu'en gouverneur. Le tribut, symbole et unique profit de la souveraineté du sultan, n'était plus régulièrement payé. Le pouvoir appartenait en fait à une oligarchie de vingt-quatre beys, auxquels une sorte de lien féodal subordonnait les douze mille soldats d'une milice toute-puissante, les mameluks. Cette féodalité tenait le pacha captif, sous la terreur, et, l'empêchant d'user de son autorité, exerçait le gouvernement à sa place. De temps à autre, un bey plus puissant que ses collègues s'élevait au-dessus d'eux, faisait périr ou exilait les plus redoutables, et s'emparait seul du pouvoir souverain. On peut fixer à 1746 le point de départ de cette transformation dans la situation politique de l'Egypte. Vers cette époque, l'un des kiayas ou colonels du corps des janissaires, le mameluk Ibrahim, avait réussi, en peuplant de ses créatures l'administration et l'armée, à accaparer tous les pouvoirs et à réduire le pacha à l'état de fantôme. Depuis lors, le gouvernement de l'Egypte avait changé de caractère, perdu, ou peu s'en faut, celui d'une autorité déléguée par la Porte, pour prendre celui d'un pouvoir indépendant, régi par la dictature et transmis par des coups d'État. A la mort d'Ibrahim, survenue en 1757, Rodoan avait hérité de sa puissance. Une succession de révolutions, dont la première coûta la vie à Rodoan, avaient ensuite élevé et renversé divers beys. Un dernier coup d'État venait enfin de s'accomplir, en

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