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CHAPITRE II

1766, au profit d'Ali-bey, qui avait, en une seule nuit, fait assassiner quatre beys, exilé quatre autres, embarqué le pacha pour Gonstantinople et refusé le tribut à la Porte. Devenu en fait sultan d'Egypte, il en avait pris le titre, et faisait battre monnaie. Il allait bientôt s'emparer de Djeddah, diriger une expédition contre la Mecque et lancer des troupes sur la Syrie et la Palestine.

Nos nationaux d'Egypte avaient déjà ressenti le contre-coup de ces désordres chroniques. Les querelles des partis entretenaient la révolution au Caire à l'état permanent, et chaque révolution était pour la nation un danger nouveau. Alexandrie n'était pas plus calme. Envoyée dans les eaux égyptiennes pour intimider les beys mameluks, la flotte du capitan pacha inquiétait beaucoup plus les commerçants européens que les rebelles indigènes. La tyrannie de son commandant s'était exercée, en 1767, avec une violence qui avait fait sensation dans toutes les Échelles du Levant, contre le drogman du consulat de France à Alexandrie, Roboli, enlevé et transporté à Constantinople, où il était mort en prison (1). Ce

(1) Voici comment un ancien consul général de France à Smyrne, M. de Peyssonnel, rend compte de cet incident, dans son examen du livre intitulé Considérations su?- la guerre actuelle des Turcs, par M. de Volney (Amsterdam, 1788) : « M. Roboly, drogman à Alexandrie, était parvenu, par ses intelligences avec les puissances et les marchands d'Egypte, à faire préférer, pour le cabotage, les vaisseaux français aux alexandrins. Les manœuvres qu'il avait exercées pour arriver à ce but lui firent de nombreux ennemis qui intriguèrent à

n'est pas sans étonnement que l'on avait vu Ghoiseul lui-même, d'accord avec le ministre de la marine, Praslin, calmer l'indignation de Vergennes et lui mander à mots couverts de ne pas s'acharner à la satisfaction d'un grief aussi légitime. Mais voici que deux ans après, tandis que la nation du Caire était livrée au despotisme d'Ali-bey, celle d'Alexandrie était de nouveau exposée aux insultes du capitan pacha, qui croisait avec ses vaisseaux à la sortie du port, levant des taxes sur l'Échelle et sur les navires français (1). Cette fois-ci, Ghoiseul, sans se montrer encore bien énergique, invitait cependant notre ambassadeur, Saint-Priest , à adresser des représentations à la Porte.

Son indépendance de fait à l'égard du sultan faisait donc de l'Egypte le pays dont la conquête ressemblerait le moins à une spoliation et, comme l'anarchie de son gouvernement menaçait, d'autre part, de puissants intérêts économiques, il n'est pas

Conslantinople pour le perdre et l'accusèrent d'avoir fait passer du riz à Malte, tandis que la capitale était en disette de cette denrée. Cet interprète fut arrêté à Alexandrie, conduit à Constanlinople et enfermé au bagne. Il n'y fut point étranglé secrètement, comme l'assure à tort M. de Volney; mais, âgé et infirme, il y mourut de maladie avant d'avoir pu se justifier. » L'effet de cet incident fut assez grand pour qu'il en fût fait mention dans les instructions remises a Saint-Priest à son départ pour Constantinople : « L'emprisonnement du sieur lïoboli, mari récemment au bagne de Constantinople, est, à tous égards, du plus dangereux exemple. Notre commerce en Egypte est presque anéanti. » (Arch. Aff. étr., Turquie, 145.) (1) Arch. Aff. étr., 407.

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