‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 23 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

étonnant que la crise de l'empire ottoman ait appelé sur elle l'attention de Choiseul et fait naître dans son esprit la pensée de s'en emparer.

Il va de soi qu'un tel projet exigeait le secret le plus absolu. « Si nous donnons une fois une prise apparente à la défiance, — écrivait très justement Choiseul (1), — nous ne nous relèverons plus, puisque la conduite la plus dégagée de tout intérêt particulier, la plus franche et la plus nette, n'a pu jusques ici nous en affranchir entièrement. » Il importait donc de ne pas laisser soupçonner de notre part l'intention de nous approprier l'Egypte, dans le cas où l'empire ottoman viendrait à être irrévocablement condamné. Ainsi s'explique sans doute le silence gardé par la correspondance officielle sur un projet qui était, d'ailleurs, tout problématique et conditionnel.

Ce silence n'est pas cependant si complet qu'il ne soit possible de retrouver quelques traces de l'arrière-pensée divulguée par Tallcyrand et Lauzun. C'est Choiseul qui signa, le 17 juillet 1708, les instructions d'un nouvel ambassadeur à Constantinople, le chevalier de Saint-Priest. Dans ces instructions, généralement bâties sur un modèle invariable, à côté de considérations classiques sur la politique, le commerce et la protection de la religion, Choiseul intro-

(1) Arch. Aff. étr., Turquie, vol. 147, lettre du 17 octobre 1767.

duisit un paragraphe nouveau sur « les révolutions prochaines ou éloignées dont l'empire ottoman est menacé (1)» .

Saint-Priest devra procurer à la France « les moyens d'en tirer avantage » . Cet avantage, Vergennes, déjà hostile à la politique des partages, indique cependant, au retour de son ambassade à Constantinople, la possibilité de le chercher en Crète. Mais ce n'est pas sur cette île que Choiseul jeta les yeux. « L'Egypte, disent les instructions données à Saint-Priest, l'Egypte est déjà dans l'état d'une indépendance caractérisée. Les Tartares de Grimée sont bien près de secouer le joug. Ges deux puissances s'établiront vraisemblablement sur les ruines de l'empire ottoman, et c'est de ce côté qu'on pourrait porter ses vues. »

Si tel était l'état d'esprit de Ghoiseul antérieurement aux défaites des Turcs, dans quel sens a-t-il pu être influencé par les opérations militaires? L'évolution de sa propre pensée apparaît à travers celle de sa politique au cours de cette guerre. Au début, l'idée qui la domine est celle dont s'inspire traditionnellement la politique française dans les conflits survenus entre la Turquie et ses voisins : ménager à la France le rôle de médiatrice. Mais, pour qu'il y ait lieu à médiation, il faut qu'il y ait succès partait) Arch. Aff. étr., Turquie, vol. 145, 17 juillet 1768.

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