‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 26 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Chute de Choiseul, 1770. — Paix de Kainardji, 1774. — Activité anglaise en Egypte. — Tentatives pour ouvrir au commerce anglais la route de Suez. — Firman de 1774. — Traité de 1775. — Transit de passagers et de marchandises des Indes par l'Egypte. — Craintes éveillées par ces menées. — Arrière-pensées politiques prêtées à l'Angleterre. — Fidélité du public en France à l'idée de la communication avec l'Inde par la rner Rouge. — Mémoires de Grimoard, de Louis de Laugier. — Avances de Mohammed bey au gouvernement français. — Réponse du ministre Sartine. — Abstention du gouvernement. — Politique orientale de Vergennes. — Le baron de Tott. — Mémoire remis par lui en 1776. — Séjour de Saint-Priest en France. — Visite de Joseph II à Versailles. — Propositions de Saint-Priest, 1777. — Mémoire de Saint-Didier. — Inspection officielle et mission secrète du baron de Tott dans le Levant. — Mémoire de La Laune et rapport de Tott. — Guerre avec l'Angleterre, 1778. — Ajournement du projet de Tott. Missions de Grandmaison et de Montigny aux Indes par Suez. — Propositions de Froment. — Firman de 1779. — Pillage d'une caravane anglaise allant de Suez au Caire.

La chute de Choiseul, en décembre 1770, coupe court à tout projet d'action du côté de l'Egypte. Quatre ans après, le traité de Kainardji (177 4) procura à la Turquie un répit qui ne paraissait pas devoir être de longue durée. L'empire ottoman était sauvé, mais il n'avait dû son salut qu'aux compétitions de ses voisins, qui n'avaient pu s'entendre pour le dépouiller et s'étaient mis d'accord aux dépens de

la Pologne. C'était là une garantie bien fragile. Le péril n'était qu'ajourné, non pas conjuré. Les conditions de la paix n'avaient pas assouvi les ambitions de la Russie et de l'Autriche, dont les dispositions demeuraient menaçantes. L'équilibre des forces dans la Méditerranée, le commerce français du Levant restaient sous le coup de la même menace que l'empire ottoman, participaient au même danger et à la même incertitude. Demeurée, après la paix, à peu près identique à ce qu'elle était avant, la situation commandait donc les mêmes préoccupations et comportait les mêmes solutions.

Loin d'enlever de sa valeur à la solution qu'avait entrevue Ghoiseul, le temps en avait ajouté. L'Egypte ne semblait plus à l'abri des convoitises de nos rivaux : la France n'était plus seule à jeter les yeux sur elle. Les mêmes vues pouvaient, à juste titre, être soupçonnées de la part de l'Angleterre, dont l'attitude, pendant la dernière guerre, avait été plus que suspecte. L'activité de sa politique en Egypte même était encore plus faite pour éveiller les soupçons.

Les difficultés contre lesquelles se débattait la Porte et l'affaiblissement de son autorité en Egypte avaient inspiré au commerce anglais le projet de s'ouvrir la route de Suez et de la mer Rouge. Ce projet rencontra un certain concours de la part du mameluk qui régnait alors au Caire et qu'on a prétendu hanté de toutes les vastes conceptions de Bonaparte,

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