‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 27 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de Méhemet-Ali et de M. de Lesseps. Des négociants, indépendants de la Compagnie anglaise des Indes, passèrent avec Ali-bey une convention qui assurait l'accès de Suez à leurs navires : leur pavillon y parut déjà de son vivant. Peu de temps après la mort de ce Mameluk, l'Anglais Bruce, ancien consul de sa nation à Alger, revenant d'un voyage en Ethiopie, obtint de Mohammed-Abou-Dahab, successeur d'Ali-bey, la confirmation du privilège accordé à ses nationaux (1) (avril 1773). La Porte répondit à ces première tentatives par un firman de 17 74, qui interdit l'accès du port de Suez aux navires francs venus de l'Inde. Il n'est pas sans intérêt de la voir, dès cette époque, invoquer, à l'appui de son interdiction, la crainte que les visées commerciales des Anglais ne cachent le dessein de conquérir l'Egypte (2).

Ce firman n'empêcha pas les Anglais de fréquenter la mer Rouge et de négocier avec Abou-Dahab. En janvier 1775 arrivèrent à Suez deux vaisseaux, l'un chargé de marchandises, l'autre destiné seulement à précéder le second en opérant des sondages et en indiquant la route par des signaux. Ils furent bientôt rejoints par un agent de la Compagnie anglaise des

(L) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire, Le Caire. Lettre du consul Damirat, 24 avril 1773.

(2) « Dernièrement aussi, dit le firman de 1774, des gens de la même nation (l'Angleterre) se sont glissés en Egypte et il est à croire que, quand ils auront lève les cartes du pays, ils reviendront pour en faire la conquête. »

Indes, porteur de lettres du gouverneur de Bombay, et qui repartit au bout de cinq mois, emportant pour 30 000 écus de marchandises d'Europe et 80 000 écus en espèces. Le 7 mars 1775 intervint un traité entre « le sérénissime et très puissant prince Mohammed- Abou-Dahab et l'honorable Warren Hastings, président et gouverneur pour la nation britannique dans le Bengale » . Aux termes de ce traité, acheté à haut prix, les Anglais obtenaient la liberté absolue de la navigation entre Suez et l'Inde, toute sorte de sûretés pour le transport de leurs marchandises de Suez au Caire, l'abaissement des droits à 6 et demi pour 100 pour les provenances de Madras et du Bengale, à 8 pour 100 pour celles de Surate et de Bombay (1) . A partir de ce moment, il n'y a pas de dépêche où notre consul n'annonce l'arrivée de quelque navire anglais à Suez. Presque chaque fois aussi prenait terre quelque officier de la Compagnie des Indes, porteur de dépêches importantes. Tantôt c'est un agent du gouverneur de Bombay, tantôt un conseiller au conseil supérieur de Madras, tantôt un colonel et deux ou trois fonctionnaires, qui gagnent Alexandrie en toute hâte et s'embarquent sur le premier navire venu, en partance pour l'Europe, pour Trieste, de préférence à Marseille. Un nommé Baldwin, résidant au Caire, est spécialement chargé d'as-

(!) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire, Le Caire.

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