‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 29 sur 173 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

lure d'une route vers l'Inde, soit par la mer Rouge, soit par l'Asie Mineure ou la Perse, n'avait d'autre but que de procurer à ses nationaux les moyens de parcourir les États du sultan, de reconnaître les meilleures positions et de mieux établir ensuite ses préférences (1).

Averti de ces menées, le gouvernement français ne fit rien pour les combattre. Il y fut pourtant invité, de France d'abord, d'Egypte ensuite. Tombée dans l'oubli à Versailles, la question de la communication avec l'Inde par la mer Rouge n'avait pas cessé d'être en faveur auprès du public. L'initiative privée la remit sur le tapis en France, au moment môme où l'Angleterre essayait de la résoudre à son profit.

En 17 70, a paru sans nom d'auteur un ouvrage qu'on sut plus tard être de l'abbé Raynal : c'est Yïlisloire philosophique et politique des établissements des Européens dans les deux Indes. Jamais encore ce sujet, effleuré par Voltaire, n'avait été traité avec autant d'ampleur et de métbode.

En 17 73, M. de Grimoard proposa que la France et la Hollande s'unissent pour mettre la main sur le détroit de Bab-el-Mandeb, établir un agent à Moka, se frayer un passage de Suez au Caire et tenir ainsi à leur discrétion la puissance anglaise dans l'Inde (2).

(1) Arch. Aff. étr., corrcsponcUincc consulaire, Alexandrie, 1777.

(2) Mémoire sur les projets que la France et la Hollande peuvent former relativement à l'Asie et sur les motifs qui doivent engager ces deux puissances à s'unir pour y opérer une révolution. (Arch. Aff.

Est-il un titre plus significatif que celui-ci : Mémoires sur la nouvelle route des Indes orientales (1) ? Cette route, c'est naturellement celle de Suez, par laquelle Louis de Laugier rêve « d'associer Marseille, sa patrie, au port de Lorient, pour faire avec plus d'aisance, de sûreté et de bénéfice, le commerce des Grandes Indes » . De Pondichéry à Marseille, il y a environ 1800 lieues, tandis que de Pondichéry à Lorient, il y en a presque quatre fois autant. « On peut tout au plus « calculer le temps de la nouvelle route au tiers de celui que demande l'ancienne » , Aveuglé par une illusion qui lui faisait croire le sultan résigné à se dessaisir de l'Egypte, Laugier ne doutait pas qu'il ne nous accordât le passage des troupes, de l'artillerie et des munitions, l'autorisation de construire au Caire « une bonne citadelle pour 8 à 10 000 Français », une « forteresse moyenne » à Alexandrie, des magasins et casernes bien retranchés à Suez, et le droit de tenir garnison dans ces trois

étr., mémoires et documents, Indes orientales et colonies françaises, 7, 7, 1773.) L'auteur examine tous les moyens dont la France et la Hollande alliées peuvent disposer pour nuire à la puissance anglaise aux Indes. « Il est nécessaire, dit-il, dans tous les cas, de multiplier les communications avec l'Europe. C'est pourquoi, outre la voie ordinaire par mer, par les îles de France et de Bourbon et le cap de Bonne-Espérance, et la route de terre par Bagdad, où le Roi entretient un consul, il faudra en faire reconnaître une troisième, par le détroit de Bab-el-Mandcb, la mer Rouge, Suez cl le Caire, où il y a aussi un consul français. »

(1) Arch. Aff. étr., mémoires et documents, Indes orientales et colonies françaises, 1707, 1774.

Page 1