‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 30 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

villes. Ces concessions pourraient être le prix de la loyale assistance que nous offririons aux Turcs dans leur prochaine et inévitable guerre avec les Russes. Grâce à ces dispositions, nos troupes arriveraient à Pondichéry « en meilleur état que ne le serait un régiment qu'on ferait passer de Strasbourg à Marseille... Tranquilles possesseurs delà communication des deux mers, nous serions bientôt en état d'humilier les Anglais en Asie et de leur faire la loi, ainsi qu'aux autres puissances qui y commercent» .

Mais comment établir cette communication? Au moyen d'un canal, répond Laugier, qui ne désespère pas de persuader au Divan d'exécuter ce travail à ses dépens, moyennant l'envoi « des hydrauliques et des architectes dont il manque » . Le gouvernement fera partir pour Alexandrie deux ingénieurs, deux capitaines marchands avec douze matelots robustes, auxquels s'adjoindraient sur place deux commis français et un interprète. Seuls initiés au secret, les deux ingénieurs entreprendraient un voyage d'études, se donnant « pour deux académiciens célèbres allant interroger la nature dans ces climats » ; ils revêtiraient le costume des Grecs. Leur exploration s'étendrait aux côtes de la mer Rouge, au port de Suez, aux terres qui séparent ce port de Goptos sur le Nil, au Caire et à Alexandrie (1) .

(1) Le fonds mémoires et documents (France, commerce) des archives des Affaires étrangères contient un grand nombre de

L'année qui suivit celle où ce mémoire fut remis au ministre de la marine, le gouvernement français reçut d'Egypte même des offres spontanées de service. En 1775, le grand douanier avertit le consul Mure que Mohammed-bey verrait avec plaisir les bâtiments français fréquenter la mer Rouge et exploiter le commerce de l'Inde par cette voie (1). Notre consul répondit en indiquant au bey les conditions préalables d'un projet de cette nature : liberté du transit par Suez et abaissement des droits de douane. Puis il en référa à sa cour, en demandant les pouvoirs nécessaires pour traiter. La réponse du ministre Sartine n'exprime qu'indécision et crainte de se compromettre. Il ne faut pas, dit-il, se laisser entraîner par des promesses à des démarches imprudentes. La difficulté vient de la situation politique de l'Egypte. « Si ce pays était indépendant du Grand-Seigneur, comme les régences de Barbarie, on pourrait traiter avec le souverain, et le déterminer à nous accorder un privilège dont le résultat pourrait flatter son avarice ou le désir de faire prospérer son pays. Mais, quoique dans le fond, la Porte ait conservé peu d'influence sur l'Egypte, elle la regarde cependant comme une de ses provinces, et le Grand-Seigneur en est reconnu

mémoires, composés entre 1714 et 1773, traitant des établissements anglais, hollandais et vénitiens dans les Indes Orientales, et de la Compagnie française des Indes.

(I) Areli. Aff. étr., correspondance consulaire, le Caire. Lettre du consul Mure, 30 février !775.

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