‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 31 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

encore pour le seul prince légitime (1) . » En somme, tout en félicitant le consul de son attitude, le ministre lui refuse l'autorisation nécessaire pour traiter.

Ainsi, malgré des sollicitations venues tour à tour de France et d'Egypte, le gouvernement fit preuve d'une indifférence qui contraste avec l'activité des Anglais. L'administration de la Marine se retranchait derrière des raisons politiques pour ajourner sine die la reprise du projet économique de Golbert. Aux Affaires étrangères, Vergennes, que Louis XVI venait d'appeler à la direction de ce ministère, était résolument hostile à la politique de spoliation et jugeait le maintien du statu quo en Orient préférable à l'acquisition de n'importe quel territoire, fût-ce l'Egypte. Mais tout le monde, dans l'entourage du pouvoir royal, ne partageait pas cette manière de voir et ne considérait pas avec autant de calme les agissements de la Russie et de l'Autriche en Turquie d'Europe, de l'Angleterre dans la vallée du Nil. Deux hommes, notamment, intimement mêlés de leur temps aux affaires d'Orient, le baron de Tott et le chevalier de Saint-Priest, étaient restés fidèles à la pensée de Ghoiseul.

Le baron de Tott était fils d'un gentilhomme hongrois qui, entré au service de la France, avait été employé par elle en Turquie. Lui-même, resté fidèle

(1) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire, le Caire. Lettre du ministre Sartine, 2 octobre 1775.

à la patrie d'adoption de son père, avait été désigné pour accompagner Vergennes à Gonstantinople. Chargé d'abord d'une mission auprès du khan des Tartares, dont il s'était tiré à son honneur, il était revenu à Gonstantinople, au moment le plus critique de la guerre turco-russe. Là, il s'était acquis la reconnaissance de la Porte en organisant la défense du Bosphore, en prenant en mains la réforme de l'artillerie, du génie, de la marine, en s'improvisant l'instructeur militaire des Turcs. Encouragé par la confiance que lui témoignait le sultan Mustapha et le zèle que ce souverain déployait pour la réforme de son empire, Tott l'avait même entretenu du projet de jonction de la mer Rouge à la Méditerranée par l'isthme de Suez. Mustapha (1) avait accueilli ces ouvertures avec une faveur dont l'exemple est fort rare en pareille matière : c'est, en effet, avec la proposition d'El-Eudj-Ali, en 1586, la seule velléité que la Sublime Porte ait jamais manifestée de résoudre le problème par ses propres moyens. Quoi qu'il en soit, le sultan avait demandé à Tott de lui remettre « un travail sur cet objet important, dont il réservait l'exécution à la paix » . La mort de Mustapha avait coupé court à ces velléités de percement de l'isthme de Suez et la paix de Kainardji avait permis à Tott d'interrompre sa mission officieuse de réorga-

(1) Voyez mémoires du baron de Tott sur les Turcs et les Tartares. Paris, 17M.

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