‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 35 sur 173 · CHAPITRE ITT · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITT

qu'il consacre à l'état politique, aux richesses agricoles, au commerce de l'Egypte, aux relations de ce pays avec l'Inde. Ce sont là des considérations, dès ce moment si rebattues, qu'elles font l'effet de lieux communs. L'originalité des « observations de M. de Saint-Didier sur l'Egypte » consiste dans les moyens diplomatiques qu'il suggère pour s'en emparer. La France devrait, selon lui, faire alliance avec l'Espagne dont elle se procurerait le concours en lui assurant la possession de Minorque, de colonies en Afrique et, au besoin même, en lui abandonnant la Corse. La conquête de l'Egypte comporterait, au préalable, celle de Candie, que nous céderions également à l'Espagne, à la condition qu'elle y reçût nos vaisseaux. Moyennant ces avantages, cette puissance se chargerait d'arrêter l'Angleterre, seule adversaire dont l'opposition fût à craindre, car la Turquie serait trop avilie pour mettre obstacle à notre projet. Pour tromper la négligence des Anglais, la France feindrait une descente dans leur pays et simulerait une expédition contre la Tripolitaine. L'Egypte conquise, elle ferait occuper l'île de Metein, à l'entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, et divers points sur la mer Rouge. Cette suggestion en dit long sur le but auquel Saint-Didier entend faire concourir l'Egypte devenue possession française. Mais, a défaut d'autre raison, il lui paraît suffisant, pour nous décider à entreprendre cette conquête, que la Russie, de sa propre initiative ou de

concert avec l'Angleterre, en caresse le projet : car, si nous ne prenions pas les devants, nous risquerions de nous voir évincés par elle de tout l'Orient.

Pour la préparation de l'entreprise, Saint-Didier proposait d'employer le baron de Tott. Il se rencontrait en cela avec Saint-Priest qui, à la fin de son mémoire, exprimait l'espoir que le nouveau voyage du baron fournît les matériaux d'un travail particulier sur la conquête de l'Egypte.

Le baron de Tott venait en effet de quitter la France avec la mission officielle d'inspecter les Échelles du Levant et une mission secrète qui est longtemps restée enveloppée de mystère. Chaque année, sinon plusieurs fois par an, les commandants des navires de guerre en croisière dans le Levant visitaient un certain nombre d'Échelles et rendaient compte de leurs impressions au ministre de la Marine : c'est ce qu'on appelait « la visite des vaisseaux du roi » . Mais, à intervalle beaucoup plus long, quand l'état des affaires laissait à désirer, il était d'usage de confier à un inspecteur — officier, consul ou diplomate — la mission de visiter une à une toutes les Échelles du Levant et de faire un rapport d'ensemble sur leur situation. Il n'avait plus été fait d'inspection de ce genre depuis celle de M. de Maillet en 1717. Beaucoup d'Échelles, notamment celles de Syrie, de Palestine, de Morée et d'Egypte, s'étaient fâcheusement ressenties de la crise intérieure et exté-

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