‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 37 sur 173 · CHAPITRE TTT · texte numérisé non relu

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Méhémet-Ali , était entré en insurrection ouverte contre la Porte. Ayant fait alliance avec le cheik Daher, qui s'était rendu maître de la Galilée et tenait en échec l'autorité du sultan, il avait envoyé ses troupes en Palestine et en Syrie sous la conduite de Mohammed-Àbou-Dahab (décembre 1770). Trahi par ce général, qui était inopinément rentré en Egypte à la tête de son armée, après plus d'un an de campagne victorieuse en Syrie, Ali-bey avait essayé de se défaire de lui; mais, mis en échec par son rival, il avait dû s'enfuir du Caire, se réfugier auprès de son allié, Daher, et il ne revint en Egypte que pour y mourir, probablement empoisonné par Mohammed-Abou-Dahab (avril 1773) . Le pouvoir passa pour deux ans à ce mameluk, qui, tout aussi indépendant qu'Ali-bey, mit cependant sa force au service de la Porte contre le cheik Daher. La mort le surprit pendant qu'il guerroyait en Syrie (1776). Deux de ses affranchis, Mourad et Ibrahim-bey, se partagèrent alors l'autorité, qu'aucun des deux ne s'était senti assez fort pour arracher à l'autre. Ils l'exerçaient depuis moins d'un an, lorsqu'une révolte dirigée par Ismaël-bey les chassa du Caire. La tyrannie de leur rival eut bientôt fait de grouper autour d'eux de nouveaux partisans et, à son tour, Ismaël-bey dut s'enfuir en Haute-Egypte. Rentrés au Caire, Mourad et Ibrahim s'y ressaisirent du pouvoir et le gouvernement de l'Egypte retomba sous leur étrange con-

dominium, troublé par de sourdes rivalités (1). Dans de telles conditions, la situation de nos nationaux n'avait pu qu'empirer. Ali-bey était assez intelligent pour comprendre l'avantage que l'Egypte retirait de la présence des étrangers. Mais aussi quelle aubaine que la caisse de la nation, pour un despote cupide, sans cesse en quête de fonds pour solder les frais de ses coûteuses expéditions! Il y puisa sans vergogne : « Il exigeait des négociants des fournitures à prix ruineux et les payait de manière à leur faire perdre la moitié du capital; il leur emprunta des sommes immenses qu'il n'a jamais remboursées; il leur extorqua des présents considérables et termina par leur faire perdre la fourniture d'une année entière, dont l'objet était de plus de 300 000 livres (2) . » Le négociant qui écrivait ces lignes, Charles Magallon, était intéressé pour plus de la moitié dans les avances faites à Ali-bey. Encore si la condescendance forcée de nos résidents leur avait procuré la bienveillance du dictateur! Mais elle ne l'empêcha pas de les maltraiter, d'avilir l'autorité consulaire, de menacer par deux fois le drogman Gilles de le faire mettre sous le bâton. Pour comble de malheur, sa chute faillit ruiner nos établissements : il fallut que le gouvernement français les autorisât à se rembourser, par une imposition extraordinaire sur le

(i) Voyez VOLKEY, Voyage en Épypte et en Syrie et Savary, lettres sur l'Egypte.

(2) Magallon, Mémoire sur Vhgypte,

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