CHAPITRE
commerce qui ne fut levée qu'en 1777, des avances dont ils ne pouvaient plus espérer la rentrée. Absent du Caire pendant la majeure partie de son règne, Mohammcd-Abou-Dahab ne se rendit coupable que de légères avanies. Mais, dès leur arrivée au pouvoir, Mourad et Ibrahim revinrent aux traditions d'Ali-bey et les mauvais jours reparurent pour l'Échelle du Caire. Tel était l'état de l'Egypte, quand le baron de Tott y arriva. Le consul de France, trois négociants, et un mameluk vinrent, le 11 juin, le cherchera Alexandrie et le conduisirent à Rosette, d'où la felouque du cheik-el-beled, c'est-à-dire du bey-commandant du Caire, lui fit remonter le Nil en trois jours. Tott entra au Caire de nuit, pour éviter la réception solennelle qu'on lui préparait. Mais il ne put se soustraire à l'obligation de rendre officiellement visite au pacha, qu'il avait connu à Gonstantinople. D'autant plus soucieux de ménager les beys que sa visite au pacha avait déjà éveillé leurs susceptibilités, il s'était assuré une audience du cheik-el-beled, Ibrahim-bey, lorsqu'une révolution, — celle-là même qui mit en péril Ibrahim et Mourad, — éclata au Caire et ne laissa pas au Beycommandant le loisir de recevoir l'inspecteur. Les Français se barricadèrent dans leur « contrée » et c'est au bruit de la fusillade, au milieu des dangers d'une émeute, que Tott tint ses assemblées et légiféra (1).
(1) Voyez mémoires du baron de Tott, sur les Turcs et les Tartarcs.
Il prononça, au nom du roi, le transfert du consulat général de France et de l'Échelle d'Egypte du Caire à Alexandrie. Les négociants qui le désireraient seraient autorisés à demeurer au Caire, à leurs risques et périls; placés sous la juridiction du consul général d'Alexandrie, ils recevraient une allocation annuelle de 10 000 livres pour leurs dépenses particulières. Le transfert de l'Échelle n'impliquait donc pas l'évacuation complète du Caire par nos résidents. Tott jugeait opportun d'y conserver quelques établissements et croyait même le commerce que nous y faisions susceptible d'extension. « Le succès des Anglais dans la navigation de la mer Rouge doit nous inciter, pensait-il, à suivre leur exemple. Il est un motif de plus pour ne pas abandonner absolument nos établissements du Caire. » Ainsi en jugèrent aussi nos commerçants, dont plusieurs résolurent de demeurer à leur poste. Les autres se disposèrent au départ en rechignant, car le transfert de l'Échelle n'alla pas sans soulever de vives protestations et l'on ne se fit pas faute de dire que ce serait pour la France la perte du marché du Caire, pour l'Angleterre l'occasion de l'y supplanter. Sans se laisser ébranler par ces protestations, Tott écrivit au pacha et au cheik-el-belcd pour les informer de sa décision et les inviter à accorder aide et protection aux Français qui continueraient à résider au Caire. Il entreprit ensuite de liquider les dettes de la nation, puis se rendit à Damietle,