‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 40 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

côtes d'Egypte (l) » de M, de La Laune concernent la partie maritime d'une entreprise dont Tott, sans plus attendre, signale déjà la facilité « dans le cas où les vues de Sa Majesté détermineraient la conquête de cette riche partie de l'univers » . Partout où la côte septentrionale de l'Egypte ne se défend pas d'ellemême, La Laune en a trouvé les défenses nulles ou négligeables. Deux mauvais forts, l'un à l'entrée du port neuf, sur un rocher qu'une jetée joint à l'île du phare, l'autre au fond du port vieux, tous deux délabrés et peu redoutables : ce sont là les deux seules défenses d'Alexandrie. A défaut du port neuf, que la négligence des Turcs a laissé combler au point que les navires étrangers y sont quelquefois en perdition, le port vieux pourrait contenir les flottes les plus immenses. Très diminuée, la population de la ville n'excède pas une dizaine de mille habitants. A six lieues à l'est d'Alexandrie, Aboukir ou, comme on dit alors, « les Béquiers » , offre dans sa vaste rade un mouillage très sûr. L'accès n'en est défendu que par un seul fort, dépourvu de soldats et de munitions, en plus mauvais état que ceux d'Alexandrie. La descente à terre y est très facile. Entre la ville de Rosette et le « Bogas » , c'est-à-dire la barre du Nil, un seul fort, dont les murs tombent en ruines. Au Bogas de Damiette, deux petits forts aussi mal entretenus que

(I) Arch. de la Guerre.

les précédents. A Damietie même, aucune défense, pas même une enceinte. Et cependant, des bâtiments de faible tonnage peuvent trouver un bon mouillage à proximité du Bogas de Rosette, à l'abri du cap Brulo, où la descente est aisée ; quant au Bogas de Damiette, il est accessible même à de gros bâtiments et le mouillage y est meilleur, la passe plus commode qu'à celui de Rosette. Partout, les murailles des forts sont lézardées, les canons sans affûts, les garnisons et les munitions manquent. Le Nil, dans ses deux branches, surtout de la fin juin à la fin octobre est navigable même pour des navires de fort tonnage. Si ce n'était la difficulté de leur faire franchir les passes, des vaisseaux de ligne pourraient s'y aventurer. Les vents du nord et du nord-ouest qui régnent de juin à octobre permettent de le remonter facilement.

Après avoir rendu compte de l'état des côtes, passé en revue les ouvrages de défense, les mouillages, le régime du fleuve, La Laune esquisse un plan d'opérations maritimes. Les forces de terre et de mer se rassembleraient en un point de la Crète, nommé Palco Castro, qui offre un excellent mouillage et d'où les vents d'ouest peuvent, de juin à octobre, porter en cinq ou six jours mie flotte en Egypte. L'armée et l'cseadrc seraient réparties en trois divisions qui, se séparant à trente ou quarante lieues de la côte, iraient s'emparer en même temps d'Alexandrie, de Rosette et

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