CHAPITRE III
Les mesures qu'il y proposait furent examinées, les 7 et 8 juillet 1779, clans deux comités, auxquels assistèrent MM. de Maurcpas, de Vergennes, de Sartinc, de la Tour, inspecteur du commerce du Levant, et de Rostagny, député du commerce de Marseille. On y jeta les bases d'un règlement général qui fut édicté le 27 novembre 1779 et sanctionna les principales dispositions prises par Tott au cours de son inspection. En même temps qu'il s'adonnait publiquement à cette tâche, Tott mettait la dernière main au mémoire commencé pendant son voyage, recevait de La Laune les plans mis au net des ouvrages relevés et adressait au ministre le compte rendu de sa mission secrète (1).
Entre la conquête de Candie et celle de l'Egypte, Tott n'hésité pas. Il se prononce nettement contre le projet d'acquérir la première, du moins dans sa totalité. La position de cette île lui paraît cependant, à juste titre, offrir à la marine du roi « un centre de protection pour le commerce du Levant et surtout celui de l'Egypte » . Il conviendrait donc d'en occuper un port. Celui de la Sude ne remplirait pas du tout les conditions voulues. Le point que Tott conseille d'occuper est celui-là même où La Laune suggérait de réunir les forces destinées à opérer contre l'Egypte : Paleo Castro serait aussi facile à prendre
(i) Arch. tic Ici Guerre,
qu'à défendre et l'acquisition pourrait en être justifiée aux yeux des Turcs, qui Font abandonné. De peu d'utilité par elle-même, Candie n'est donc considérée par Tott qu'en fonction, pour ainsi dire, de la conquête de l'Egypte, à laquelle est consacré tout le resle de son volumineux mémoire.
C'est bien là le « plan général » que Tott annonçait de Smyrne au ministre et qui devait mettre le gouvernement au fait des moindres détails de la question. L'état actuel de l'Egypte, sa géographie physique, son commerce, les avantages économiques et politiques qu'en retirerait la France, tout est examiné dans ce rapport, véritable plaidoyer en faveur de la conquête, dont les conditions sont développées dans un plan d'opérations qui forme comme le couronnement de l'œuvre. « Le grand avantage de la conquête de l'Egypte est dans sa position » , déclare Tott, qui voit en elle la colonie idéale, la terre promise de la colonisation française. L'acquisition de l'Egypte « rapprocherait » , pour ainsi dire, la France de ses colonies, en mettant à sa disposition, à proximité de la métropole, un pays susceptible de lui fournir tout ce que des possessions lointaines ne lui procurent qu'à grands frais. L'administration en demeurerait placée « sous les yeux du roi et de ses ministres » ; la défense en serait facilitée par la nature même, qui garantit la sécurité de l'occupant. Maîtresse de l'Egypte, la France aurait entre ses mains