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CHAPITRE III

Ce n'est ni en Egypte, ni sur nos propres côtes que son intervention est à craindre. Se vengera-t-elle sur notre commerce méditerranéen? Mais la petitesse des vaisseaux qui l'exploitent les soustraira facilement aux recherches de la marine britannique et les Anglais seront les premiers à assurer nos navires marchands. C'est contre nos colonies que l'Angleterre tournera ses armes. Mais qu'importe qu'elle s'en empare, puisque l'Egypte les remplace? Tott prend son parti de leur perte avec une facilité qui prouve le peu de cas qu'il en fait et peu s'en faut qu'il n'en considère l'abandon comme un bon débarras.

Quoi qu'il en soit, l'intérêt d'acquérir l'Egypte prime de beaucoup, à ses yeux, celui de préserver les positions auxquelles se réduisait alors notre empire colonial. Si l'on songe à la révolution politique que la seule découverte du passage aux Indes par le Cap a opérée en Europe, « combien serait plus importante celle qu'opérerait l'occupation de l'Egypte? Alors que la route par le midi de l'Afrique a enrichi les puissances qui s'en sont constamment partagé et disputé les avantages, pourra-t-on douter que la conquête de l'Egypte, en les réunissant pour la France, n'élève cette monarchie au plus haut degré de gloire, de puissance et de richesse? » Envisageant l'établissement d'un canal navigable d'Alexandrie au Nil, Tott montre les profits à retirer de ce travail au triple point de vue agricole, commercial et politique. Il y

voit le moyen de mettre en valeur toute une partie de la Basse-Egypte, d'amener à Alexandrie les marchandises de l'Inde, d'y attirer celles de la Syrie et de tenir sous notre dépendance économique tout le bassin oriental de la Méditerranée.

Des avantages que présente la conquête de EÉgvpte, Tott passe aux moyens de la réaliser. Le plan d'opérations qu'il soumet au ministre ne fait que développer, en les précisant les dispositions suggérées par La Laune. L'entreprise lui apparaît moins comme une conquête que comme « l'occupation paisible d'un État sans défense » . Elle lui semble exiger, de la part du chef qui la dirigera, moins des talents militaires exceptionnels que des qualités d'organisateur. Les forces qu'il propose d'y employer n'en sont pas moins imposantes : 5 vaisseaux de ligne, 7 frégates, 3 chébecs, 0 demi-galères, 80 bâtiments de transport, 20 000 hommes, 5 000 dragons à pied avec leurs selles, G compagnies de royale artillerie dont 2 d'ouvriers, 40 pièces de campagne, 10 obusiers, 30 pièces de siège avec leurs affûts de place, 2 000 pioches, 6 000 pelles ferrées, 20 000 palissades, des chariots de munitions, 0 mortiers de 8 pouces, 400 bombes, etc. Le rassemblement de ces forces et de ce matériel se fera au point que La Laune a indiqué et dont Tott a conseillé l'occupation, en rendant compte de son inspection à Candie : Paleo Castro. Le moment choisi pour commencer les opérations sera,

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