‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 46 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

de Tott, de Saint-Priest et de Saint-Didier, et l'on est presque surpris que l'intérêt stratégique ne les ait pas décidés à tenter une entreprise dont l'hypothèse avait été antérieurement admise par eux et l'étude poussée aussi loin. De quelle conséquence aurait pu être en effet, au moment où l'Inde se soulevait sous Hayder-Ali, où le bailli de Suffren tenait en échec les flottes anglaises, la conquête de l'Egypte par les Français? L'idée de cette diversion ne se présenta cependant pas à l'esprit des ministres de Louis XVI, ou plutôt ne s'y présenta que pour être écartée.

Avant de condamner leur abstention, il convient cependant d'en examiner les raisons. Tout d'abord, il ne faut pas oublier (pie, si le Directoire s'est approprié ce projet et la exécuté, il ne s'y est résolu qu'après cinq années de lutte malheureuse sur mer et sous le coup de l'échec d'un plan de descente en Angleterre. Le gouvernement de Louis XVI est donc excusable d'avoir reculé devant l'exécution d'une entreprise dont l'idée n'était pas, à beaucoup près, aussi mûre en 1779 qu'en 1798 et à laquelle il n'était pas nécessaire de recourir pour venir à bout d'une ennemie dont la défaite pouvait être obtenue sans cela.

Entreprendre la conquête de l'Egypte c'était, en outre, faire revivre la question d'Orient; or, susciter de propos délibéré des complications en Europe, au moment où nos forces navales étaient occupées sur

toutes les mers, où nous cherchions à entraîner la Russie à une démonstration contre le despotisme maritime de l'Angleterre, c'était une éventualité de nature à faire réfléchir les plus audacieux. Le ministre qui dirigeait alors notre politique extérieure y était moins disposé que personne. Vergennes nous apparaîtra dans la suite comme un partisan convaincu du statu quo oriental et un adversaire déclaré de tout projet de conquête au détriment de la Turquie. Ses idées personnelles s'accordent même si peu avec la mission secrète confiée à Tott qu'on est amené à considérer son consentement à cette mission comme une concession de sa part aux vues de certains de ses collègues. Mais si une concession, d'ailleurs platonique, pouvait lui être imposée en 1777, alors que sa situation était encore mal assise, il n'en était plus de même deux ans plus tard, après que l'alliance avec l'Amérique, le pacte avec l'Espagne, les premiers succès de nos flottes avaient fortifié son autorité.

La mission secrète de Tott était enfin, dans l'esprit même de ses inspirateurs, beaucoup plus une mesure de précaution que le prologue d'une action immédiate. Elle était destinée à éclairer le jugement du gouvernement, au cas où certaines éventualités viendraient à se produire, beaucoup plus qu'à préparer les voies à une opération imminente. C'est, on l'a vu, en Orient que ces éventualités étaient attendues; c'est du désir de sauvegarder l'équilibre méditerra-

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