CHAPITRE III
néen et le commerce français du Levant, en cas d'effondrement de l'empire ottoman, qu'était née l'idée de nous approprier l'Egypte : le parti à tirer de cette conquête pour nuire à l'Angleterre n'intervenait encore qu'à titre accessoire. On peut certes regretter que cet intérêt n'ait pas, dès 1779, passé du second plan au premier et porté la France à conquérir l'Egypte. Mais on ne peut nier qu'en ajournant l'exécution du projet de Tott, les ministres de Louis XVI ne soient restés conséquents avec eux-mêmes.
A défaut d'une conquête politique, une conquête économique aurait pu leur paraître tentante. Pas un de ceux qui avaient plaidé auprès du gouvernement la cause d'une expédition en Egypte n'avait négligé d'insister sur la possibilité de joindre le commerce de l'Inde à celui de la Méditerranée. Cette jonction présentait par elle-même assez d'intérêt pour mériter de passer du rang d'accessoire à celui de fin. Plaidant le plus, les avocats de l'expédition auraient pu obtenir le moins et, par leurs arguments en faveur d'une action militaire, décider le gouvernement à renouveler, sur le terrain diplomatique, la tentative de Colbert. Ses propres dispositions paraissaient précisément l'y porter. La route de Suez semble en effet avoir joui de sa part, entre 1776 et 1779, d'un regain de faveur. Plusieurs officiers avaient été successivement envoyés aux Indes par cette voie, que la cour de Versailles paraissait vouloir adopter pour ses
communications politiques avec l'Extrême-Orient. M. de Grandmaison, commissaire des guerres, après avoir perdu trois de ses compagnons en route, mourut lui-même dans la traversée de Mascate à Bombay. Il s'était chargé d'instruire nos négociants de l'Inde de toutes les notions nécessaires à ceux qui auraient envie d'entretenir des relations avec l'Europe par la mer Rouge et l'Egypte. Les Anglais prétendirent avoir trouvé dans ses papiers un plan d'attaque de Bombay et les autorités françaises de l'Inde durent le désavouer (1776-1777) (1). Plus heureux que son prédécesseur, M. de Montigny, parti de Gonstantinople, parvint sans encombre au terme de son voyage (1777-1778) (2). Ces missions prennent une certaine importance, si l'on songe que la guerre éclata, en cette même année 1778, entre la France et l'Angleterre et remit en question la domination de l'Inde. Dès le commencement des hostilités, un Français, nommé Froment, partit de Pondichéry, pour se rendre en France par l'Egypte (3). En arrivant à Versailles, il soumit au maréchal de Gastries, ministre de la Marine, des observations qui firent
(1) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Le Caire, 3 mars et 17 juin 1777.
(2) Arch. Aff. étr., correspondance consulaire. Lettre du consul Mure, 3 mars 1777.
(3) Arch. Aff. étr., mémoires et documents, Indes orientales, Chine, Cochinchine, 19, 5. Lettre adressée, le 13 décembre 1790, par le sieur Froment à M. de Flcurieu, ministre de la Marine,