‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 49 sur 173 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

où un commerçant de sa nation, Charles Magallon, le recueillit et le soigna. Personne ne douta que les Bédouins n'eussent agi à l'instigation des beys d'Egypte, gagnés eux-mêmes aux vues du gouvernement anglais et de la Porte.

Cette tragique mésaventure eut un grand retentissement en France. On y vit la preuve que la Turquie, soutenue et stimulée par l'Angleterre, était résolue à faire respecter ses ordres interdisant l'accès de la mer Rouge aux navires des nations européennes. Le gouvernement se le tint pour dit et se garda d'aller à l'encontre des ordres de la Porte, qu'il ne fit rien pour ramener à de meilleures dispositions.

La guerre avec l'Angleterre ramène l'attention sur la question de la communication avec les Indes. — Situation de l'Orient. — Convention d'Ainali-Cavac, 1779. — Grand nombre des propositions adressées à Vergennes. — Mémoire de Descorches, 1780. — Mémoire anonyme de la même année. — Mémoire sur le consulat général de France à Bagdad, 1781. — Mémoire du baron de Waldner, 1782. — Mission de Froment aux Indes. — Crise orientale de 1783. — Nouveaux avertissements de Saint-Priest. — Mémoire de Choiseul-Goufner, 1783. — Mémoire anonyme de la même année. — Propositions d'occuper la Crète, Chypre, Rhodes. — Proposition de conquête des Pays-Bas. — Paix de Versailles. — Mission de Mathieu Dumas dans l'archipel. — Deux mémoires de Gérard de Ravneval. — Ouvertures de l'Autriche à la France au sujet de l'Egypte, 1784. — Mémoires présentés au roi par Saint-Priest au retour de son ambassade. — Mémoire de Mure. — Contradiction entre ces propositions et la politique de Vergennes. — Tentative de relèvement de la puissance militaire ottomane.

Aucune initiative officielle ne révèle, jusqu'en 1783, l'intention de donner une conclusion pratique à l'enquête secrète de Tott. La guerre de l'indépendance américaine ne laisse au gouvernement d'autre ressource en Orient qu'une attitude expectante.

Mais le conflit même qui occupe, loin de la Méditerranée orientale, les forces navales de l'État, tend à ramener l'attention du public sur la question dont l'Egypte détient la solution. Le déclin du pavillon

britannique, les coups portés à son prestige, la révolte de l'Europe contre le despotisme maritime de l'Angleterre, les victoires du bailli de Suffren dans l'océan Indien remettent à Tordre du jour le problème de la communication avec l'Inde. Le souvenir du pillage de la caravane n'est pas de force à prévaloir contre ce mouvement. En 1780, paraît, cette fois sous le nom de l'abbé Raynal, la seconde édition de Y Histoire philosophique et politique des établissements des Européens dans les deux Indes. La même année, un anonyme traduit de l'anglais et remet au ministre de la Marine des « Observations sur la possibilité et l'utilité d'établir une correspondance par terre avec l'Inde par la voie de Suez » (l). Au même moment, pourtant, Vergennes jugeait encore opportun d'attendre, avant de porter la question de Suez sur le terrain diplomatique, ou bien la soumission entière de l'Egypte pour négocier avec la Porte, ou bien son émancipation complète pour traiter avec les beys.

La situation de l'Orient continuait, d'autre part, à préoccuper vivement l'opinion, qui voyait se poursuivre en pleine paix le démembrement de la Turquie. Après la Bukovine extorquée par l'Autriche en 1775, les Tartares de Grimée et du Kouban obtenaient du sultan, sous la pression de la Russie, la reconnaissance de leur indépendance. Engagée dans

(1) Arch. Aff. étr., mémoires et documents, Indes orientales. 18, 16.

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