‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 5 sur 173 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

judiciaire et du droit d'expulsion. Leurs différends les amènent devant son tribunal auquel la nation fournit des assesseurs. Il veille en outre au respect d'une discipline qui multiplie les empiétements sur la liberté individuelle : obligation d'babiter en commun; interdiction d'amener de France ni femme, ni fille; interdiction de contracter mariage avec une femme du pays; défense d'exporter à destination d'un autre port que Marseille, de vendre ou dacheter chaque marchandise à un prix autre que le prix fixé, ni dans une proportion supérieure à la quantité déterminée, etc., etc. Prévoyante jusqu'à la minutie, cette réglementation s'inspire du double désir de mettre la nation à couvert des a avanies » , c'est-àdire des exactions de l'autorité locale, et d'assurer la bonne exploitation d'un commerce considéré comme vital pour la France. Le consul est responsable de son administration devant l'ambassadeur du roi à Gonstantinople et le ministre-secrétaire d'État de la marine, investi de l'autorité suprême sur les Échelles du Levant et de Barbarie.

Tel est le régime dans l'application duquel les conditions particulières à chaque Échelle introduisent seules quelques légères variantes. En Egypte, la présence d'une populace nombreuse, fanatique, misérable, réfractaire à toute industrie, d'une milice arrogante, cupide et turbulente, l'impuissance croissante du pouvoir central, représenté par le pacha, Tins-

tinct pillard des Arabes concourent à faire du Caire et d'Alexandrie deux des Échelles les moins tranquilles et les moins sûres de tout le Levant. Les officiers qui viennent en faire la visite s'étonnent, dès la fin du dix-septième siècle, « de ne pas trouver en Egypte la même liberté dont on jouit à Smyrne et aux autres Echelles, qu'un Français ne puisse repousser la force par la force, l'injure par l'injure, et que des officiers du roi soient obligés à s'observer à moins que de se compromettre (1) ». La correspondance consulaire d'Egypte abonde en exemples d'incidents, dont est traversée l'existence de la nation : avanies faites à la caisse de l'Échelle par un des innombrables petits despotes dont fourmille l'administration locale, tumultes populaires, attaques contre la factorerie française. Magasins et appartements privés sont réunis, à Alexandrie et à Rosette, dans un de ces caravansérails ou « khans » , qui prennent, dans l'Egypte d'alors, le nom « d'okelle » ou de « fondouk » (2) . Il

(i) Le consul à la chambre de commerce de Marseille, août 1698.

(2) Un voyageur, qui a visité l'okelle des Français à Alexandrie en 1771, Sonnini de Manoncourt, en fait la description suivante : « J'étais logé à Alexandrie dans la maison occupée par le consul cl les négociants français : elle est près de la mer, dans le fond du port neuf. C'est un bâtiment carré dont les côtés enferment une grande cour, autour de laquelle et sous des arcades sont des magasins. Les arcades sont soutenues par des colonnes, ou, pour mieux dire, par des parties de colonnes arrachées aux décombres de l'ancienne ville : plusieurs sont de granit et il s'en trouve une de porphyre. Il y avait aussi, dans celle cour, une statue de grandeur naturelle en pierre blanche ei représentant une femme assise, avec un enfani debout à

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