‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 54 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

voile vers les Indes; il aura « un port royal sur la mer Rouge, un à Alexandrie, outre le port marchand qu'on rendrait plus sûr » . Enfin, la possession de l'Egypte procurera à la France « tous les moyens pour fouiller enfin l'Afrique, cette partie du monde si inconnue aux anciens et aux modernes. Que le gouvernement abandonne cette recherche aux négociants et aux missionnaires. Presque toujours ils ont parcouru les premiers avec utilité ces pays dont on savait à peine le nom. La religion et l'intérêt sont deux puissants mobiles » . Si inattendues qu'elles soient, ces velléités d'exploration africaine ne sont pas un fait isolé, à la fin du dix-huitième siècle. Un naturaliste qui avait accompagné Tott en Egypte, Sonnini de Manoncourt, avait essayé, quelques années auparavant, de pénétrer par la vallée du Nil en Abyssinie et dans l'intérieur de l'Afrique. Retours à des traditions du passé, ou premières velléités d'œuvres modernes, ces conceptions oubliées présentent au moins un intérêt de curiosité.

La Crète, Chypre et Rhodes sont, après l'Egypte, les pays qui réunissent le plus de suffrages. Un étranger, Alexandre Andronic Gika, conseille au maréchal de Castries, ministre de la Marine, de se les adjuger toutes les trois, sans préjudice de « quelques autres îles de l'archipel » . On aurait ainsi « ajouté aux États de la France des pays riches » , d'où l'on serait à portée, non seulement de tenir en respect les nou-

veaux maîtres de Gonstantinople, mais encore de les troubler continuellement (16 août 1783) (1). Un grand seigneur, le duc de Luxembourg, s'éprend jusqu'à se rendre importun d'un plan qui consiste à lever, pour la défense de l'empire ottoman, une légion chrétienne composée de Grecs, encadrée d'officiers français et placée sous son commandement, et à l'établir dans l'île de Candie, pour éloigner de l'archipel toute puissance européenne quelle qu'elle soit. Une négociation se poursuivit sur ces bases, au vu et au su de l'ambassade de France à Gonstantinople, entre le grand-vizir et un émissaire du duc, M. de la Ghalousière (1783-1784) (2). C'est à la même époque que le prince de Nassau, projetant de partir pour la Turquie , se laissait couronner d'avance prince de Candie.

Le bruit mené autour de ces projets de conquête leur suscite des adversaires qui font aussi entendre leur voix. En juillet 1783, l'auteur anonyme de « Réflexions politiques et militaires sur la guerre que l'Empereur et la Russie préparent contre les Turcs (3)» s'en prenait avec violence à n la triste conquête de l'Egypte et du royaume de Candie » , projet qu'il qualifiait de « peu réfléchi, mal combiné et autant au-

(1) Aich. Aff. étr., correspondance de Turquie, vol. 159, 16 avril

(2) Ai <li. Aff. étr., correspondance de Turquie, vol. 169.

(3) Ibid.

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