‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 57 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

rencontre l'exécution de ce plan. Quarante mille hommes seront nécessaires dans les Pays-Bas et cinquante mille au moins sur le Danube; l'expédition de la mer Noire exigera au bas mot douze vaisseaux de ligne; les princes allemands, la Prusse, la Suède demanderont des subsides en argent. L'Espagne voudra-t-elle envoyer des troupes en Italie? L'Angleterre nous laissera- t-elle occuper les Pays-Bas? Ne profitera-t-elle pas de la circonstance pour mettre la main sur la Hollande? La Russie n'achètera-t-elle pas sa complicité? Si Catherine II est obligée par nous à reculer, ne saisira-t-elle pas la première occasion pour rentrer en campagne et ne faut-il pas craindre de renouveler la guerre périodiquement?

Dans ces conditions, Rayneval en vient à examiner de plus près les résultats probables du bouleversement comploté par les deux cours impériales. Si elles se partagent toute la Turquie d'Europe, sans doute obtiendront-elles chacune un accroissement considérable de puissance ; mais elles pèseront aussi essentiellement l'une sur l'autre, deviendront suspectes l'une à l'autre et se surveilleront mutuellement. La France deviendra, par la force des choses, l'alliée de lune ou de l'autre. Au surplus, elle pourra, « pour rétablir l'équilibre jusqu'à un certain point, demander la totalité des Pays-Bas, y compris le Luxembourg; elle s'emparera de l'Egypte et de l'ile de Candie « . Ces conquêtes occasionneront la guerre

avec l'Angleterre : mais la guerre n'est-elle pas inévitable, dans la première hypothèse comme dans la seconde? En la faisant pour la défense des Turcs, la France se lancera dans une entreprise hasardeuse; en la faisant avec les deux cours impériales, « Sa Majesté court la chance d'acquérir de superbes provinces, savoir les Pays-Bas et l'Egypte, et elle n'aura qu'une guerre maritime à soutenir avec l'Angleterre, guerre où elle aura pour elle l'Espagne et la Russie. . . Si, comme on a quelque sujet de le supposer, la plus grande partie de la Turquie européenne est divisée en petits États, la révolution sera peu sensible pour la France; elle conservera son commerce, les deux cours n'auront pas acquis une puissance effrayante; le Roi aura fait des acquisitions utiles » . Ainsi, en présence des difficultés qu'il voyait à arrêter la marche des deux empires, Rayneval concluait, en somme, à ne pas s'y opposer et à faire, des Pays-Bas et de l'Egypte, le prix de notre complicité.

Sans doute cette conclusion fut-elle jugée trop catégorique par Vergennes et ses dispositions n'allaientelles pas, malgré l'épreuve à laquelle sa politique était soumise, jusqu'à admettre d'ores et déjà un marchandage avec les copartageants de la Turquie. Quoi qu'il en soit, le mémoire de Gérard de Rayneval fut suivi d'un second, qui fut lu au conseil du roi, par Vergennes lui-même, le 11 juin 1783. L'acquisition par la Russie du Kouban et de la Crimée entraînerait,

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