‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 58 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

disait l'auteur, la conquête par l'empereur de la Moldavie et de la Valachie. La Prusse ne manquerait pas de réclamer un équivalent et les trois puissances, pourvues chacune d'un accroissement considérable de forces, deviendraient les arbitres du Levant et du Nord, par suite de toute l'Europe. Quels moyens s'offrent au roi de s'y opposer? La représentation? On ne peut guère en espérer de résultat. Les armes? La France est affaiblie par la guerre et a besoin de repos. Mais peut-être une menace réussira-t-elle à arrêter l'Empereur et à le détourner de ses désirs de conquête, à moins qu'elle ne le porte à nous offrir, pour nous amadouer, la cession des Pays-Pas. Si la menace ne suffit pas à obtenir le résultat voulu, Rayneval conseille de passer à l'acte et d'envahir les Pays-Bas, Il ne s'agit plus, dans ce second mémoire, d'une subversion totale et d'un partage en règle de la Turquie; le champ de l'hypothèse est beaucoup plus restreint : il est limité à la mainmise de l'Autriche sur la Moldavie et la Valachie. Dans ce cas, Rayneval préconise en somme le recours à l'intimidation et, au besoin, à la force pour assurer à la France un équivalent, sous la forme des Pays-Bas autrichiens. Il est à supposer que les vues de Vergennes étaient conformes à celles que Rayneval expose dans ce mémoire, composé à la demande du ministre, peut-être rédigé sous son inspiration et, en tout cas, lu par lui au conseil du Roi. Il semble donc à peu près cer-

tain qu'au point où en étaient les choses en juin 1783, Vergennes, résigné à laisser la Russie s'adjuger la Grimée et le Kouban, penchait à chercher dans la conquête des Pays-Bas un dédommagement à l'agrandissement possible de l'Autriche en Moldavie et Valachie. C'est à cette entrée en scène de l'Empereur, revendiquant les deux principautés, que se bornaient pour le moment les prévisions de Vergennes. Une extension plus considérable de la crise, un démembrement général de la Turquie d'Europe ne lui paraissaient pas immédiatement à craindre, et sans doute réservait-il, pour cette éventualité qu'il ne jugeait pas imminente, le choix dune autre compensation, qu'il inclinait visiblement à chercher en Crète.

En attendant, il va au plus pressé et se donne pour tâche de prévenir toute extension de la crise.

A toutes les portes où il frappe, il est éconduit : à Londres, où on lui oppose purement et simplement l'impossibilité de se prêter à un accord avec la France; à Berlin, où l'on met pour condition à toute entente notre rupture préalable avec l'Autriche; à Vienne, où pour esquiver la proposition de préserver la Turquie, on nous offre d'un morceau de cette proie. Ce morceau, c'est naturellement l'Egypte, dont Joseph II insinue à la France de s'emparer, au cas où lui-même se verrait obligé de s'adjuger la Moldavie et la Valachie. Cette nécessité lui serait imposée, disait-il, si, comme il le jugeait alors certain, la

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