‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 59 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

guerre éclatait de nouveau entre les Russes et les Turcs. Ainsi, ce n'est pas seulement de France qu'on presse Vergennes d'abandonner la Turquie et de faire de l'Egypte le prix de cette défection; voici que ce vœu, dont l'obsession le poursuit déjà à Versailles, lui revient maintenant de Vienne, adopté par l'empereur.

Vergennes fit la sourde oreille aux ouvertures de l'Autriche, comme il l'avait fait aux avis de tant de conseillers improvisés. Partout éconduit, mais sûr de l'abstention de l'Autriche tant que la guerre n'aurait pas éclaté entre les Russes et les Turcs, il ne songea plus qu'à empêcher cette guerre d'éclater. C'est alors que, recourant au même moyen héroïque qu'en 1779, il conseilla à la Turquie de s'incliner devant la raison du plus fort et d'acheter la paix par un nouveau sacrifice. La Grimée et le Kouban, reconnus provinces russes, perdirent jusqu'à leur nom pour devenir la Tauride et le Caucase. Puis, comme il fallait un bouc émissaire pour porter le poids de cette solution, plus prudente que brillante, Saint-Priest fut rappelé de Constantinople (1784) .

Ce rappel immérité ne ferma pas la bouche au diplomate disgracié. Au retour d'une ambassade de quinze années, Saint-Priest raconta sa mission et développa ses idées dans une série de remarquables mémoires, dédiés et présentés au roi. La partie commerciale de son étude forma un mémoire particulier sous le titre : Mémoire sur le commerce et la navigation

au Levant. Un important chapitre y est consacré à la communication avec l'Inde par la mer Rouge et à l'historique des tentatives faites par ses prédécesseurs pour résoudre ce problème. Dans la partie politique de son travail, Saint-Priest revient et insiste sur le vœu, tant de fois exprimé par lui, que la France arrête à l'avance un plan capable de sauvegarder ses intérêts, en cas de destruction de l'empire ottoman. Dans ce cas, son opinion se résume dans un suprême avis, qui constitue, en quelque sorte, son testament politique : « L'Egypte seule peut surpasser en revenus la dépense qu'elle occasionnerait, remplacer dans un climat sain les riches productions des colonies dévorantes de l'Amérique et offrir à la politique de Votre Majesté un moyen de prépondérance dans tout l'hémisphère (1). »

Cette conviction, depuis longtemps ancrée dans l'esprit de Saint-Priest, avait encore été fortifiée par un remarquable travail que dut lui faire parvenir, dans les derniers temps de son ambassade, le consul général de France en Egypte, M. Mure (2). Gomme son chef lui-même, cet agent inclinait à considérer

(1) Arcli. Aff. étr., correspondance de Turquie, vol. 171. Mémoires et documents, Turquie, 17, 15.

(2) Arch. minist. Guerre. Le texte de ce mémoire, dont plusieurs exemplaires soin conservés aux Archives de la Guerre, a été publié par la Revue d'Egypte, qui l'a attribué à Saint-Priest. Un des exemplaires porte en effet l'annotation suivante : Remis par M. de Saint- IViisi ;i \1 . d'Abancourt, ingénieur-géographe, 1789. » Mais le mémoire a pour auteur Mure et date de 1783.

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