‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 60 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

comme fatal le démembrement de l'empire ottoman. S'imaginer que la condescendance dont la Porte venait encore de donner l'exemple pût indéfiniment la préserver de la guerre, lui paraissait une illusion; or, en cas de rupture, une seule campagne devait, d'après lui, suffire à mettre l'empereur et la Russie en possession de toute la Turquie d'Europe. Une fois maître de la Grèce et de l'archipel, il était « pour ainsi dire impossible » que l'empereur ne portât pas immédiatement après ses vues sur l'Egypte. « Les côtes de la Grèce et les îles de l'archipel fourmillent de matelots, disait Mure. Le commerce du Levant et principalement celui de l'Egypte donnerait la plus grande activité à cette marine. La possession de l'Egypte mettrait l'empereur en état, non seulement de se passer des productions de l'Amérique, mais encore d'en fournir du même genre aux autres nations. Il serait à portée de prendre part au commerce de l'Inde, peut-être même de s'en approprier la plus grande partie. Une escadre de 12 à 15 vaisseaux à Suez le rendrait maître de la mer dans cette partie du monde et il est difficile de prévoir jusqu'où il pourrait y étendre son pouvoir et sa domination. » Cet avenir était trop séduisant pour ne pas tenter la cour de Vienne, dont une entreprise en Egypte ne rencontrerait d'obstacle, ni de la part de l'Egypte, ni de celle de la Turquie aux abois : et une fois qu'elle y serait établie, l'en chasser serait extrêmement diffi-

cile. La France ne pouvait pas s'accommoder d'une pareille résolution. Lui convenait-il, au sortir d'une guerre, de se lancer dans une autre, contre les deux empires, pour la défense de la Turquie? Mieux valait prendre ses mesures pour ne pas rester les mains vides. « En réfléchissant sur les moyens de contrebalancer les avantages que les puissances voisines de la Turquie peuvent se promettre d'un démembrement de cet empire, on n'en voit pas, disait Mure, de plus efficace et de moins dispendieux que de s'emparer de l'Egypte aussitôt qu'elles entreront sur le territoire ottoman. »

Tel est le raisonnement par lequel il est conduit à mettre sous les yeux de son chef un tableau, plus complet que nul n'en avait encore tracé, des avantages de l'Egypte comme possession, des moyens de la conquérir, de la conserver et de la mettre en valeur, des débouchés qu'elle peut offrir à notre industrie, des revenus que l'État peut en tirer, etc. Il va sans dire que, parmi les avantages attendus de la conquête de l'Egypte, la possibilité de ramener vers son ancienne voie le commerce de l'Inde occupe le premier rang. «La proximité de Elude, l'activité qu'on donnerait par la mer Rouge à la communication avec cette partie du monde, la facilité du transport des marchandises de Suez au Nil par un canal qui n'a besoin d'être recreusé qu'en partie, ou des autres ports de la mer Rouge à ce fleuve par terre,

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