‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 62 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La partie la plus curieuse et à coup sûr la plus neuve du mémoire de Mure est celle qui concerne les mesures à prendre, après la conquête, pour la mise en valeur du pays. La majeure partie des terres appartenant au gouvernement, la France s'en emparera, les affermera et les vendra, au fur et à mesure qu'il se présentera des acquéreurs. Ainsi, elle se dédommagera des frais de l'expédition. En outre, elle attirera en Egypte des colons français, qui ne manqueront pas d'affluer, quand ils connaîtront les ressources agricoles du sol. On recreusera les canaux, que la négligence des Turcs a laissé combler; on améliorera l'irrigation dans la Basse-Egypte par l'emploi des machines hydrauliques. Quant aux impôts, il suffirait d'en établir deux pour subvenir, et au delà, aux dépenses de l'administration. Le premier serait un impôt sur les terres, payable en nature, au moment de la récolte, égal au dixième du revenu et ne frappant que les bons terrains, dans les années de bonne récolte. En seraient exonérées, par exemple, les terres sur lesquelles l'inondation ne serait pas parvenue. Pour épargner au gouvernement la peine de vendre les denrées provenant de cette dîme, celle-ci serait affermée, dans chaque district, à des habitants solvables. Le second impôt, que Mure qualifie « d'impôt sur le luxe » , devrait être établi de manière à ne frapper que la classe la plus riche de la population, dans son goût pour le luxe extérieur, et à ne pas atteindre les ar-

ticles de notre industrie. Pour la même raison, les droits de douane, qui constitueraient un troisième chef de revenus, devraient également être fixés à un taux modéré afin de ne pas entraver le commerce, ni diminuer la consommation des articles manufacturés, dont la France fournirait la majeure partie. Car c'est une autre préoccupation de Mure, que de « faire servir l'Egypte à augmenter le commerce et la consommation des objets de manufacture de France » . A cet effet, il n'hésite pas à conseiller d'interdire l'introduction en Egypte des étoffes de soie, coton et laine qui ne seraient pas fabriquées en France ou importées des Indes par bâtiments français. Pour augmenter encore l'intérêt du gouvernement à conquérir l'Egypte, il lui laisse entrevoir enfin d'autres revenus, grâce aux monopoles du tabac, du sel, du natron, du senô. Impôt foncier, douanes et monopoles produiraient un revenu total que, dans un supplément à son mémoire. Mure estime à 120 millions de livres par an.

Les relations possibles de l'Egypte avec Candie et Chypre lui servent enfin de prétexte à montrer, sans y insister, combien l'acquisition de ces deux îles offre moins d'intérêts que celle de la vallée du Nil. h La conquête de ces deux iles et leur défense coûteraient, dit-il. autant de dépenses et emploieraient peut-être autanl de troupes que l'Egypte. Ainsi, elle ne servirait qu'à occuper, sans utilité majeure, les forces de

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