CHAPITRE V
Plan traditionnel de pénétration aux Indes par les routes commerciales de l'antiquité. — La route de Suez et de la mer Rouge. — La question de Suez n'est qu'un des aspects de la question de l'Inde. — Idée de résoudre la question de Suez par une négociation poursuivie au Caire. — Projet du maréchal de Castries. — Instructions données au comte de Bonneval, 1783. — Instructions de Choiseul-Goufh'er. — Mission confiée à M. de la Prévalaye, 1784.
— Mission de Truguet, 1785. — Traités passés par Truguet. — Négociations de Choiseul-Gouftier à Gonstantinople. — Arrivée à Suez de la corvette i Auguste. — Dispositions des beys. — Lettre obtenue par Choiseul-Goufficr du capitan-pacha. — Intrigues étrangères. — Opposition de la Compagnie des Indes. — Lettres de M. de Cabre. — Propositions de M. de Scymandi. — Avis du maréchal de Castries. — Instances de Choiseul-Goufh'er. — Mauvaise volonté de la Compagnie des Indes. — Transaction entre elle et M. de Seymandi. — Rapport du maréchal de Castries au roi.
— Lenteurs et impéritie de la Compagnie. — Mémoire des chambres de commerce de Marseille et de Guyenne, 1786. — Arrivée à Suez de la frégate la Venus, 1787. — Efforts de Magallon.
— Arrivée à Suez du navire le Prince de Coudé. — Mission Martin de Montcamp. — Projet de Magallon. — Echec du plan commercial du maréchal de Castries.
La monarchie a poursuivi à plusieurs reprises l'exécution de vastes plans commerciaux, de véritables plans de pénétration asiatique. Lorsqu'on rapproche les unes des autres des tentatives accomplies en même temps ou à peu d'années de distance, sur des points quelquefois très divergents on aperçoit entre
elles un lien et l'on voit s'en dégager un plan. L'année même où il lit au Conseil un « mémoire sur le commerce » qui est tout un programme de relèvement maritime, Colbert fonde la Compagnie des Indes, lui assure un fonds considérable, une flotte, des comptoirs dans l'Hindoustan, un établissement à Madagascar (1664). Un an après, il charge M. de La Haye-Vantelet d'obtenir de la Porte l'ouverture à notre marine du port de Suez et de la mer Rouge (1665). L'année môme (1670) où il renouvelle à M. de Nointel les instructions données cinq ans auparavant, à M. de La Haye, il invite nos consuls dans le Levant à lui faire connaître « de quel moyen l'on pourrait se servir pour avoir fréquemment des nouvelles des Indes, combien de caravanes de Perse et des Indes il vient chaque année dans leur Échelle, combien elles emploient de temps dans chaque voyage, tant en allant qu'en revenant... » etc. En 1702, le comte de Pontchartrain charge un émissaire de se rendre auprès du roi de Sennaar et du négus d'Abyssinie et de chercher de ce côté un accès à la mer Rouge. L'année même où cet envoyé, Le Noir du Roule, périt assassiné, un autre agent, Jean «Baptiste Fabre, part en mission auprès du shah de Perse (1704). Ainsi rapprochées par leur date et par leur objet, toutes ces tentatives apparaissent comme les différentes parties d'un même tout, d un plan traditionnel de pénétration aux Indes