‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 65 sur 173 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

par les grandes routes commerciales de l'antiquité.

La royauté a été hantée par ce plan jusqu'à ses derniers instants. L'Inde a exercé sur elle une sorte de fascination. Le commerce de cette région lui est apparu comme le commerce par excellence, « le grand commerce, le seul qui soit considérable » et qui permette d'assurer à jamais la prospérité économique du royaume. Détourner cette source de richesses et la capter au profit de nos nationaux a été, depuis Colbert, l'objectif invariable de tous nos ministres, de tous ceux du moins qui ont eu le souci de leurs devoirs, le but suprême de leurs efforts en matière maritime et commerciale.

Ils ont essayé de l'atteindre tantôt par l'une, tantôt par l'autre des voies qui s'offraient à les y conduire : par le Gap, par l'Egypte et par la mer Rouge, par l'Asie Mineure et le golfe Persifique, par la Perse et l'Asie Centrale. En 1768, la route du golfe Persique paraissait avoir les préférences du gouvernement royal. Entre le duc de Praslin, ministre de la Marine, M. de Perdriau, consul de France à Alep, et la chambre de commerce de Marseille, s'élaborait un vaste plan qui resta d'ailleurs sans effet, en vue d'attirer le commerce de l'Inde dans la Méditerranée par la voie de Bassora, de Bagdad et d'Alep (1). Deux

(1) « Mémoire sur le commerce que la nation française peut entreprendre dans le golfe Persique, Bassora, Bagdad et Échelles du Levant, présenté en L768 à Monseigneur le duc de Praslin, ministre

ans après, la chute de Ghoiseul entraînait dans l'oubli la question de l'accès aux Indes, par quelque voie que ce fût.

Une foule de documents prouve au contraire la fidélité du public à cette idée, dont on peut ainsi suivre la trace jusqu'au moment où le gouvernement s'en empara, pour essayer encore une fois de la réaliser. Mais ce n'est ni la voie de Bagdad, ni celle de la Perse que désigne l'opinion publique : c'est celle dont, par trois fois, le grand Golbert a essayé de nous ouvrir l'accès : celle de Suez et de la mer Rouge.

Amener à Suez les marchandises des Indes; en assurer le transport, par un moyen quelconque, route, canal maritime ou canal dérivé du Nil, entre la mer Rouge et la Méditerranée : telle est la solution dont le public continue à se montrer partisan. Cette solution suppose deux conditions, qui apparaissent comme la clef de voûte de tout le système : l'ouverture au pavillon français de la mer Rouge et du port de Suez, fermés à toutes les marines chrétiennes, et la liberté, pour nos marchandises, de « transiter » par le territoire égyptien. C'est par là que l'Egypte devient partie au procès; mais elle n'y intervient, pour ainsi dire, que par voie de conséquence.

de la Marine, par le sieur IVtro de Perdriau, consul de France à Alep... etc. » (Areh. historiques, chambre comm. de Marseille, 11. II. 2.)

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