CHAPITRE V
sager pouvait parvenir de Marseille à Bombay en quarante-huit jours.
Avec l'envoi de Ghoiseul-Gouffier à Gonstantinople coïncide en effet un retour du gouvernement de Louis XVI aux vues économiques des ministres de Louis XIV. Les instructions données au nouvel ambassadeur (1) laissent clairement voir l'intention de reprendre, simultanément, en Egypte, dans le golfe Persique, dans la mer Noire, l'action depuis si long-
(1) L'article consacré, dans les instructions Je Choiseul-Goufhcr, à la correspondance avec l'Inde, vient immédiatement après celui qui a trait au commerce de la mer Noire : « Sa Majesté verrait avec satisfaction qu'on agrandit et qu'on poussât le commerce de ses sujets qui s'étendrait par Alep à Badgad, en Perse et dans le golfe Persique. Le sieur comte de Choiseul-Gouflier sait que Sa Majesté a pensé en même temps à établir par cette route une communication pour les lettres et paquets à expédier aux Grandes-Indes. C'est dans celte vue qu'elle a établi un consul à Bassora et qu'elle lui a donné pour correspondant et dans sa dépendance un vice-consul résidant à Bagdad. L'ambassadeur de Sa Majesté s'informera des progrès et des événements du commerce que fait par celte voie la maison du sieur Audibert qu'il entretiendra à cet effet à Marseille et il proposera la meilleure méthode à suivre pour la correspondance de Sa Majesté dans l'Inde... » « Celle par Suez et la mer Rouge parait devoir être préférée comme la plus prompte et l'on a calculé qu'avec toutes les chances heureuses un messager peut arriver de Marseille à Bombay en quarante-huit jours. L'ambassadeur du Roi enverra un tableau de comparaison des deux voyages. On lui remet une note relative au dernier. Il rendrait un service réel s'il pouvait procurer des cartes exactes, tant de la mer Rouge que de ses côtes et des points principaux de l'Egypte. Mais si cette entreprise lui paraissait entraîner une dépense considérable, avant de l'ordonner, il demanderait au Secrétaire d'État de la Marine les ordres de Sa Majesté... » « Un tableau clair et précis de la situation actuelle des affaires, du commerce et de la population de la Perse serait très agréable à Sa Majesté et servirait à la pleine intelligence des nouvelles qui parviennent de ce royaume. » (Arch. Aff. étr., Turquie, vol. 170.)
146 ORIGINES DE r/EXPÉDITION DÉGYPTE
temps suspendue ou ralentie, et de renouveler, sur tous ces points à la fois, une vigoureuse tentative, afin d'ouvrir à notre commerce des routes dont l'Inde est le terme commun. L'ouverture de la route de Suez n'est donc, cette fois encore, qu'un des points d'un programme qui embrasse tous les éléments traditionnels du plan français de pénétration asiatique. La reprise, à ce moment précis, du plan de Golbert s'explique par la situation même de l'empire ottoman et se rattache à un essai de solution pacifique de la question d'Orient. Tandis qu'elle prend en mains le relèvement politique et militaire de la Turquie, la France cherche à asseoir, sur des bases inébranlables, sa propre prépondérance économique dans le Levant, en amenant dans la Méditerranée orientale le commerce de la mer Noire, de l'Asie Centrale et de l'Inde. C'est ainsi que les plus réalisables des idées personnelles de Choiseul-Gouffier se sont transmises de son mémoire de 1783 (1) à ses instructions officielles. D'autre part, le soin qu'on prend de lui demander des cartes, non seulement de la mer Rouge, mais aussi de l'Egypte, donne à entendre que le gouvernement se réserve, en dernier recours, de faire main basse sur ce pays si, les Turcs venant à être chassés d'Europe, il faut en venir à cette extrémité pour sauver le commerce français du Levant.
(I) Voir chap. it, p. 111-112.